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Revue 39 – Deux docteurs Honoris Causa au Congo

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 39.

Afrikagetuigenissen

Notre association est particulièrement fière de compter parmi ses membres deux docteurs honoris causa. Ce grand honneur a été décerné respectivement par les universités de Kinshasa et de Lubumbashi.

Nous nous réjouissons particulièrement du fait que cette distinction prouve l’assistance scientifique continue de la part de notre pays au Congo, celle-ci est de cette façon merveilleusement illustrée.

Chronologiquement nous citerons en premier la promotion du professeur émérite Fons Verdonck ( Faculté de Médecine ), président de l’association Ontwikkelingshulp Geneesheren en Apothekers Alumni Leuven. Cette promotion a été attribuée par Unikin, l’université de Kinshasa.

L’association sus-nommée est de cette façon honorée et remerciée pour les efforts continus qu’elle fournit pour mettre en contact les doctorants congolais avec des directeurs de thèse de Louvain. Elle soutient également leurs travaux de recherches de manière financière.

Pratiquement tous les doctorants congolais sortis de promotion ces trois dernières années et ceux qui préparent encore leur doctorat ont été soutenus par l’association Alumni : bourses d’études, logements, financements de leurs travaux de recherche à Kinshasa, appoints à des bourses existantes, participations à des congrès etc. Cette aide peut également s’étendre à une phase post-doctorale, ceci afin d’éviter l’arrêt de l’œuvre de recherche, ce qui pourrait engendrer une rupture de générations.

Grâce à la collaboration des scientifiques de Louvain, en concordance avec le soutien de l’Alumni, 14 titres de docteur ont pu être décernés depuis 2012.

De concert avec la nomination du professeur Verdonck, le professeur Patrick De Mol, microbiologiste de l’université de Liège fut également honoré d’un titre Honoris Causa.

A l’université de Lubumbashi( l’UNILU ), un même honneur fut décerné à un autre de nos membres, Le Père Léon Verbeek, historien de l’ordre des salésiens.

Cet intellectuel pluraliste, entretemps âgé de 82 ans, fut entre autres également professeur de Droit Religieux à l’institut théologique salésien. En plus de son écriture de l’histoire de l’œuvre des Salésiens en Afrique centrale, il est surtout connu pour son travail de recherches ethnographiques considérable dans les régions où les Salésiens sont actifs. Dû à l’absence d’écritures, ce travail de recherche est essentiellement basé sur la tradition orale. Les résultats de son travail ont été édités dans une littérature scientifique abondante. Ce qui a particulièrement réjoui le Père Verbeek est la reconnaissance de la population pour son œuvre propre et celle de ses collaborateurs. Celle-ci a bien mis en évidence la valeur de la culture de la population rurale. Malgré son âge, Père Léon ne pense pas encore au repos. La réalisation d’une photothèque digitale est en cours.

Nous avons bien évidemment félicité vivement les lauréats.

                                                                      Guido Bosteels

Légende des deux photos:

  • Prof. Verdonck sur les marches de l’UNIKIN ( première rangée à gauche ). Son collègue liégeois, prof. De Mol ( première rangée à droite ).
  • Remerciements au Père Léon Verbeek par l’Université de Lubumbashi.

Revue 38 – En balade à Matadi ?

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 38.

Matadi ! Quel son magnifique à nos oreilles. Fait de rythme, de joie, et baigné de soleil tropical. Matadi qui fait surgir dans le cœur de beaucoup d’anciens coloniaux des souvenirs empreints d’un peu de mélancolie….

Ah, que ne donnerait-on pour pouvoir flâner à nouveau dans cette ville portuaire pittoresque. Elle présentait il y a bien longtemps l’accès à « Un pays grand comme le monde où ton drapeau est planté » (traduit du titre d’un livre de Jan Neckers ).

Un pays qui représentait la terre promise aux yeux de beaucoup de jeunes pour la plupart idéalistes animés de la volonté de s’y construire un avenir, et ambitionnant d’améliorer les conditions de vie des populations indigènes.

Bien que Matadi soit située à 137 km de l’Océan Atlantique, elle est le plus grand port marin du pays. Elle était, et est encore le point de départ de la célèbre voie de chemin de fer Matadi-Kinshasa. Quel voyageur n’est jamais sorti couvert de suie du beau train blanc ?

Matadi ! Un rêve révolu ?

Non. A Heverlee-Leuven vous pouvez la retrouver aujourd’hui encore. On y rencontre la cité-jardin Matadi. Il fait bon y vivre et se balader. C’est ce qu’affirment les membres du comité Matadi. Ceux-ci insufflent une nouvelle vie à ce quartier vert.

La cité-jardin est, aux dires de ce comité, « une nécessité des années 1920 ». L’idée maîtresse de sa création est liée à une double évolution. D’une part on a voulu, lors de la reconstruction après la première guerre mondiale, retrouver le décor d’avant-guerre. D’autre part une nouvelle mesure venait compléter la volonté de réparer les dégâts en planifiant la création d’une société nationale pour des habitations à coût réduit, «  De Nationale Maatschappij voor Goedkope Woningen ». Le but était d’augmenter l’offre de maisons ouvrières sans devoir faire appel aux sociétés privées. A cet effet fut donc créée à Louvain la société « De Goede Haard ».

Ce nouvel environnement habitable se devait d’être de haut niveau qualitatif. Le terrain « Perkveld » fut acquis en 1922 pour le prix de 4.50 F le mètre carré. Les maisons y fleurirent à foison. Sur une période de onze mois on y édifia 105 maisons clé sur porte !

Au départ la dénomination MATADI avait une connotation ironique. Les volets, peints en vert, blanc et rouge rappelaient à la population l’aspect de cités dans la colonie africaine (pour des raisons de coût d’entretien, les volets furent démontés par la suite).

Il y avait également d’autres points de similitude avec la grande ville portuaire située sous l’équateur. Dans les deux cas des maisons jaillirent comme des champignons dans une région de collines à l’état sauvage. « Matadi » signifie « pierre » en Kikongo, la langue locale.

Aujourd’hui les habitants sont fiers de la dénomination «  MATADI » : elle réfère à des quartiers d’habitation calmes et agréables, situés au vert et comportant de nombreuses belles maisons à deux pas du centre de la ville de Louvain.

Bonne balade à Matadi !

Daisy Ver Boven

Revue 37 – Election de Miss… en Noir et Blanc

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 37.

Cela se passe dans l’agitation des années 1958, 1959 et début 1960, au temps où le Congo Belge courait vers l’indépendance à une vitesse vertigineuse.
Le Roi Baudouin avait beau dire : “Nous allons vers l’indépendance sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée” sic.
Et à cette même époque un ministre clairvoyant (si, si, cela existe) avait eu ce cri du cœur : “Je ne sais pas où nous allons, mais je sais que nous y allons vite…”.

Il est vrai qu’il s’agissait d’une période très mouvementée ! L’un après l’autre les pays africains accédaient à l’indépendance.
Il y avait eu l’Exposition Universelle de Bruxelles, où de futurs politiciens congolais faisaient connaissance avec des politiciens belges, avec les suites qu’on connaît.
Il y avait eu la révolte de janvier 1959.
Le Plan Van Bilsen suscitait les commentaires : trente ans ? Ce type est fou ! Il faudrait au moins cent ans. Les partis politiques poussaient comme des champignons. Qu’en penser ? Le doute et le malaise étaient palpables chez beaucoup d’habitants de la colonie.

Comment remédier à un tel désarroi ?

De tous temps les gouvernements ont utilisé une recette infaillible : souvenez-vous des Romains, “panem et circenses”, du pain et des jeux.
Du pain il n’en manquait pas à l’époque du Congo Belge.
Personne ne mourait de faim en ces temps-là. Le demi-million d’habitants que comptait la capitale à ce moment (il semblerait qu’il y en ait six millions aujourd’hui !), mangeait tous les jours à sa faim.

Donc une seule alternative : des Jeux !

Les “Spectacles Populaires” ont alors vu le jour. Des orchestres européens, des chanteurs, des artistes de cirque, des marionnettistes, des équipes de cinéma et autres amuseurs furent invités.
Ils sillonnaient les routes (très praticables à l’époque) pour atteindre villes et villages.
Des villageois, qui n’avaient encore jamais vu de films, firent la connaissance de Charlie Chaplin.
On put se rendre compte, une fois de plus, que l’art de ce dernier est universel.
Les hommes, les femmes et les enfants se tordaient de rire, se donnaient des coups de coude entendus, et jetaient des pierres à l’écran lorsque le-gros-à-la-barbe cherchait noise à leur Charlot.

“Les Spectacles Populaires” connurent un énorme succès à Léopoldville.

Des firmes et associations organisaient des concours et des programmes de jeux. Des prix fort appréciés étaient mis en jeux. Venenum in cauda : l’heureux gagnant devait en conclusion prononcer la phrase diabolique :

“Merci Spectacles Populaires”.

Même une langue francophone pourrait trébucher sur une telle phrase.
Le public jubilait. Hurlant de rire il écoutait la malheureuse victime s’essayer pour la dixième fois au remerciement imposé. Cette dernière n’en prenait pas ombrage et, bien au contraire, savourait son succès. Les noirs sont rieurs de nature. Et n’était-on pas venu pour s’amuser ?

On ne se souvient plus guère de la personne qui a eu l’idée d’organiser une élection de “Miss”.

On n’oubliera cependant pas que de jolies filles aux jambes longues et fuselées débarquèrent d’Europe pour venir fraterniser avec les beautés locales. On voulait montrer à quel point on peut être incroyablement attirantes, drapées dans un pagne ou un wax.

En revanche, les Eve noires défilaient sur le catwalk en tenue européenne, cheveux lisses, hauts talons (aïe, ma cheville), et autres accessoires adéquats, croulant sous les applaudissements.

Plus d’un demi-siècle plus tard on se souvient avec émotion de ces reines de beauté noires aux noms charmants tels que “Canne à sucre”, “Bambou”, “Amour-Amour”, “Oui Fifi” et autres “Fleur de Savane”.

Notre ex-colonie vit, plus que jamais, des temps difficiles.
Les Jeux n’ont plus la priorité et la lutte pour le pain quotidien prime.
“Les choses ne peuvent que s’améliorer” disait un optimiste. Il parlait bien sûr, des prévisions météo.

Espérons que le beau temps revienne pour notre Congo tant aimé.

Daisy Ver Boven

Revue 36 – La réunion annuelle de Afrikagetuigenissen

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 36.

Du fait d’un concours de circonstances, la réunion annuelle de Afrikagetuigenissen n’a pu avoir lieu cette année que le 8 octobre.

Comme d’habitude, la session s’est ouverte par une commémoration aux membres décédés, parmi lesquels le magistrat honoraire Willy Mertens, l’artiste Marcel Schuer et madame Molly Fonteyn. Cette dernière était un de nos rares membres dont on sait avec certitude qu’elle était née au Congo (en fait en 1927 à Matadi où son père était en poste aux activités portuaires).

Les membres présents ont pris connaissance du rapport annuel. Bien que notre association ait brillamment atteint les objectifs fixés, entre autres par la réalisation, le traitement, l’analyse et l’enregistrement de 300 interviews, il nous reste pas mal de pain sur la planche : diverses publications sont encore en chantier.  Nous participons également assidûment aux activités du réseau des associations en rapport avec l’Afrique (KBUOL/UROME). En collaboration avec cette dernière et notre organisation-sœur “Mémoires du Congo”, nous préparons un film important à propos de notre passé congolais commun. Nous prêtons également main forte à “België-Congo verbroederd”, l’association qui s’emploie à maintenir dans la mémoire les événements tragiques de 1964.

Les comptes de l’année écoulée et le budget pour l’année à venir ont été approuvés sans réserve. L’assemblée a également délivré acquittement à la direction et au commissaire aux comptes Paul Lelièvre-Damit.
(Tous les rapports peuvent être expédiés aux membres intéressés).

Nous sommes très heureux d’accueillir à cette occasion un nouveau membre du comité de direction en la personne de Jos Ver Boven. Nous lui sommes reconnaissants de se proposer à venir renforcer notre équipe.  Son nom ne nous est pas étranger : il est en effet le fils de Daisy Ver Boven, la romancière et journaliste bien connue.  Nous nous réjouissons de constater qu’il y ait également des jeunes à qui peut s’appliquer le titre d’un roman de Daisy, “La terre rouge qui leur colle au cœur” (traduction de “De rode aarde die aan onze harten kleeft”).

Lors de cette réunion, nous avons également pu entendre le père Ward Costermans, dominicain et ancien missionnaire. Il est à l’origine de la parution du livre important “Vergeten martelaars ?” (“Martyrs oubliés ?”) écrit par Dries Vanysacker, professeur à la KU Leuven.  Le titre du livre qui intervient plus de cinquante ans après les événements tragiques ne ment pas.  Il était plus que temps d’écrire l’histoire de ces faits inavouables qui se sont produits surtout dans le Nord-Est du Congo. 156 religieux et religieuses catholiques, 29 religieux et religieuses protestants, un nombre inconnu de laïcs et des milliers de Congolais y furent assassinés de manière abominable.  Nous ne pouvons nous résoudre à feindre l’indifférence, comme le font beaucoup de nos compatriotes, à l’égard de ces “vergeten martelaars” .  Nous continuerons à nous investir pour honorer la  mémoire de ces innocentes victimes, celles que l’on avait autrefois dénommées “les meilleurs parmi nos frères”.

Pour conclure cette réunion, nous avons pu entendre une excellente causerie de la part de notre président, Guido Bosteels, à propos de ses souvenirs lors du tournage du film “A Nun’s story”, (“Au risque de se perdre” en version française).  Ce film fut tourné à Stanleyville en janvier-février 1958.

Guido Bosteels.
Traducteur Jos Ver Boven.

Revue 35 – Mgr. Joseph Wittebols et les martyrs de Wamba

Traduction de l’article paru dans la revue en néerlandais

Nous rendons hommage à la mémoire d’un missionnaire extraordinaire, l’évêque de Wamba (Haut-Uele), Joseph Wittebols, qui, en même temps que 35 autres victimes, fut assassiné dans d’horribles conditions, le 26 novembre 1964, lors de la révolte des Simbas.

‘Jefke’ Wittebols avait grandi comme un vrai ‘ketje’ bruxellois et il le resta toute sa vie.  Même revêtu de la dignité épiscopale, il conserva son style spécifique, direct et sans ambages, mélangeant gentiment le français et un dialecte bruxellois français-flamand.

Joseph Wittebols s’était révélé un étudiant hors ligne qui s’était fait remarquer, d’abord au cours de ses études moyennes et ensuite lors de sa formation religieuse.  Ses condisciples se souviennent de lui comme d’un humoriste né, qui se devait de monter sur scène à chaque festivité.  Il suffisait qu’il entre en scène pour que son regard faussement timide, derrière ses grosses lunettes, suscitât des éclats de rires.  Doué d’une belle voix de basse, il connaissait un grand nombre de joyeuses chansons bruxelloises.

Consacré prêtre à Louvain en 1937, il s’embarqua en automne 1938 à Anvers pour l’Afrique.

Arrivé à Stanleyville, l’archevêque de l’époque, Mgr. Verfaillie, chargea aussitôt Joseph Wittebols de créer une nouvelle école pour enfants européens.  Devenu directeur de ce ‘Collège du Sacré Cœur’, il y enseigna lui-même et devint aumônier d’une troupe de scouts. L’école connut un vif succès, son importance grandissant encore en 1940, lorsqu’il devint impossible de faire enseigner les jeunes en Belgique.

Evêque de Wamba 

La mission des Pères du Sacré Cœur ne cessant de croître, l’étendue du champ d’action (6,5 fois la superficie de la Belgique) rendit nécessaire, en 1949, la scission de cette mission en deux parties. C’est ainsi que Joseph Wittebols devint le premier vicaire apostolique du nouveau vicariat de Wamba, dans le Haut-Uele.  En 1949, à Bruxelles, le cardinal Van Roey le consacra évêque.

Il fallait travailler dur dans ce vicariat, qui fut élevé au rang de diocèse par le pape Jean XXIII.   Mgr. Wittebols sut créer des attaches solides avec ses missionnaires.  Au moins quatre fois par an, il tenait à visiter chaque poste missionnaire et il entretenait une correspondance abondante avec eux.  Sa jovialité et sa bonne humeur,  héritées de sa jeunesse, étaient légendaires.  Il s’érigea en gestionnaire capable d’encourager les gens et d’inspirer la confiance.  A son arrivée à Wamba, ce n’est qu’à un seul endroit, à Bafwabaka, que des religieuses étaient actives, mais il y en avait déjà dix en 1964 et  deux couvents étaient en voie d’être créés. En 1956, l’évêque ouvrit une école normale à Avakubi et un an plus tard un petit séminaire pour candidats-prêtres à Lingondo, qui compta soixante-trois séminaristes en 1963.

Mgr. Wittebols se préoccupait également des soins médicaux.  A Bayenga, il procéda à la reprise d’un hôpital qui avait appartenu à une société minière. Toutefois, la situation étant devenue instable après l’indépendance du Congo, il devint difficile d’attirer du personnel médical.  L’évêque réussit cependant à recruter un médecin belge pour Bayenge, mais celui-ci fut assassiné ultérieurement par les Simbas.  Il transforma la léproserie de Pawa, créée jadis par la Croix Rouge mais abandonnée en 1960, en une école pour infirmiers, dont il était envisagé d’assurer la formation par des enseignants européens.  Cette école devait prendre son  envol en septembre 1964, mais l’arrivée des Simbas vint empêcher l’aboutissement de ce projet.

Au 30 mars 1964, le personnel de la mission de Wamba était composé de 47 prêtres (dont 6 prêtres diocésains congolais), 12 frères, 92 sœurs, appartenant à 4 congrégations distinctes, dont une congolaise.

Dans le domaine de l’enseignement et des soins médicaux, l’on dénombre : 325 écoles primaires, comptant 20.835 élèves, 7 hôpitaux (1.016 lits), 18 dispensaires (1.303.658 consultations), 11 maternités (8.932 naissances), 8 léproseries (2.791 malades), 2 hospices pour personnes âgées (34 occupants) et 2 orphelinats (112 orphelins).

Les martyrs

Les troubles consécutifs à l’indépendance finirent par être fatals pour la mission de Wamba.  En 1962, Monseigneur Wittebols allait revoir pour une dernière fois son pays natal, la Belgique, en prévision de l’ouverture du Concile de Vatican II à Rome.

Gizenga, fidèle émule de Lumumba, avait formé un gouvernement révolutionnaire à Stanleyville et il se montrait hostile aux missions. La situation économique s’empirait de jour en jour.  Vu la dégradation de la situation, Mgr. Wittebols, au lieu de poursuivre son voyage à Rome, préféra retourner au Congo, près de ses fidèles.

Le 15 août 1964, les rebelles firent irruption à Wamba où ils instaurèrent aussitôt un régime de terreur.  Les chefs des tribus locaux et les agents des services publics furent massivement exécutés et la mission fut occupée le 29 octobre suivant.  Des exactions incessantes et, notamment, la présence obligatoire lors des séances de tortures des confrères furent le sort des missionnaires.  C’est alors que Mgr. Wittebols a craqué.  Il devint silencieux, s’abstenant de participer aux conversations.

Après la libération de Stanleyville par les parachutistes belges, la rage des Simbas vint frapper les missionnaires et les autres occidentaux présents à Wamba.  La journée du 25 novembre fut caractérisée par un sentiment d’abattement général.  Vers 17 heures, les prisonniers furent répartis en trois groupes : les Américains, les Belges et les autres occidentaux.  Deux missionnaires protestantes, dont l’une était en fait anglaise furent jetées par terre et tuées à coups de talon dans la nuque.  Le lendemain vers 13 heures, les blancs survivants furent assassinés. En tant que supérieur de la Mission, l’évêque était spécialement visé.  Ces martyrs, au nombre de 36, périrent dans des conditions d’horreur indescriptibles.  Précisons simplement que le colonel des Simbas avait réclamé l’honneur de pouvoir tuer en premier lieu Monseigneur Wittebols.

Guido Bosteels

Revue 34 – « Musée BELvue – A propos d’une exposition »

Traduction de l’article paru dans la revue

De nombreux amis ont été désagréablement surpris par une exposition intitulée – avec une ironie non déguisée – ‘Notre/Votre Congo’, qui s’est tenue à la fin de l’année dernière au Musée BELvue à Bruxelles. Comme on le sait, ce Musée, qui relève actuellement de la Fondation Roi Baudouin, se trouve dans l’enceinte même du palais royal.

En réalité, cette exposition, organisée par une ONG bénéficiant de subventions publiques, la CEC (Coopération Education Culture) existe depuis un certain temps déjà, mais la version préparée à cette occasion présente plusieurs aspects qui ont suscité un trouble certain.

En premier lieu, il y a la présence, comme coordinateur scientifique de l’opération, d’une personne connue pour ses prises de position nettement hostiles à la politique belge en Afrique. Le titre « La propagande belge dévoilée » témoigne d’emblée de la volonté de placer la Belgique dans une position douteuse, confirmée encore par un texte qu’on lit dans la documentation distribuée : « L’exposition  témoigne également de l’œuvre de propagande orchestrée par l’Etat, l’Eglise et les entreprises coloniales ».  Il est difficile de ne pas se sentir heurté par le dessein des organisateurs qui, sous prétexte de promouvoir une certaine objectivité, ne manquent pas d’induire une présomption de culpabilité dans le chef des Belges.

Ensuite, le lieu choisi pour cette exposition-ci dérange, dès lors que cette manifestation se déroule dans l’enceinte du palais royal et sous l’égide de la Fondation Roi Baudouin, un organisme prestigieux qui a déjà fait honneur à Celui auquel elle emprunte son nom en réalisant des publications de grande valeur dans lesquelles ont été mises en lumière de remarquables réussites de la présence belge en Afrique centrale.

Troisièmement, l’on ne peut que s’inquiéter de l’intention des organisateurs de poursuivre leur action au sein des écoles. A la lumière de ce qui précède, on est bien obligé de conclure que les bases d’une information dénuée d’insinuations négatives font nettement défaut.

L’Union royale belge des Pays d’Outremer (UROME), alertée par le cours critiquable des choses, n’a pas manqué de réagir en diverses directions, notamment à l’égard la Fondation Roi Baudouin, qui a voulu assurer l’accueil de cette initiative. Les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération au Développement, de même que le cabinet du Roi, ont également été saisis de cette problématique, dont on peut se demander quels objectifs intrinsèques sont poursuivis par les organisateurs responsables. Il est bien clair que le dernier mot n’a pas encore été dit.

Les personnes intéressées peuvent prendre connaissance du courrier échangé à ce propos sur le site web : www.urome.be

Guido Bosteels

Revue 33 – « Angst in Afrika » ou « Angoisses africaines »

Traduction de l’article paru dans la revue

« L’Afrique est le lieu des angoisses les plus diverses : la peur des animaux sauvages, des éléments naturels, des chefs indigènes, des féticheurs et plus particulièrement du ‘mauvais sort’, susceptible d’être infligé par d’autres personnes, et spécialement par des féticheurs.  Un accident, un décès inattendu est toujours mis sur le compte d’un tel mauvais sort, qui doit nécessairement se produire à l’intervention d’une tierce personne, voire directement d’un quelconque esprit maléfique.  S’ensuit généralement la consultation d’un féticheur appelé à désigner le ou les coupables(s). Cet homme devient ainsi un personnage important, dont la sentence pouvait avoir des suites importantes. »

 Telle est l’expérience qu’on peut lire dans un ouvrage passionnant du docteur Jef Haeverans: ‘Dokter in Congo’, dont une traduction française est en voie d’achèvement.  Dans un livre que le regretté Cyriel Van Meel nous a laissé, « Depuis, le bolikoko s’est tu », nous relevons une anecdote qui illustre bien ce propos.

Lors d’une marche à pied le long du chemin qui était suivi à l’époque par les Bayaka lorsqu’ils se rendaient du Kwango vers Kinshasa, son équipe fit halte, un jour, à la tombée de la nuit, au milieu d’une ‘nseke’ (savane), en vue de passer la nuit en dessous d’un gros arbre solitaire.

Après le repas du soir, un feu de bois rougeoyait encore faiblement et les équipiers, l’un après l’autre, éreintés par les fatigues de la journée, s’enroulèrent dans leur couverture et s’étendirent sur un tas de matiti.  La savane respirait le silence, sans que la moindre brise ne vienne effleurer l’immense étendue herbeuse.  Au loin, on entendait le jappement d’un chacal.  Incidemment, une antilope vint brouter un instant à proximité et tout au loin le rugissement d’un lion se fit même entendre.  Couché, Cyriel braquait les oreilles et jouissait intensément de ce moment sublime dont aucune description n’eut pu traduire l’impact.

Mais soudain un léger vent vint secouer les branches grêles de l’arbre au-dessus des têtes du groupe.

« Ndzambi Phuungu uhyokele » (Voilà Dieu qui passe) chuchota le compagnon à côté de Cyriel. Tous attendaient un second coup de vent et gardaient anxieusement le silence.  Les porteurs étaient également éveillés et se tenaient immobiles car tous avaient le sentiment de vivre un moment extrêmement périlleux.  Si Ndzambi Phuungu était repassé pour enlever quelqu’un, c’est sous cet arbre que sa dernière heure aurait sonné ! Tous retinrent leur souffle mais heureusement plus aucun coup de vent ne vint secouer les branches.

Au réveil,  l’homme à côté de Cyriel lui raconta les pensées qui lui étaient venues à l’esprit la veille. « Vous autres, Blancs, disait-il, vous êtes les ‘Ndzambi ya ntotu’ (les seigneurs de la terre), c’est vous qui faites ces automobiles et bateaux rapides, vous voyagez même dans l’air, mais quand vous nous emportez – voulant dire par là : lorsque vous nous mettez en prison – nous finissons toujours par revenir un jour.  Mais lorsque Ndzambi Phuungu emporte quelqu’un, il disparaît à jamais ».

G. Bosteels.

Revue 32 – “Août 1964, les massacres de Yangambi” par Dr Marc GEORGES

AVANT-PROPOS

 Cinquante années ont passé depuis les massacres de 1964 à Stanleyville : leur souvenir  en reste vivace. En cette année 2014, des cérémonies commémoratives ont eu lieu au Congo et en Belgique, qui ont permis de rappeler à la population ces douloureux événements. Nombreux ont été les rescapés, Congolais comme Belges et étrangers, leurs amis et sympathisants à assister à la messe à la cathédrale St Michel le 20 septembre 2014, cérémonie tout empreinte de recueillement pour les victimes de ces massacres.

Ces événements, pour tragiques qu’ils aient été, ne sauraient occulter le fait que des massacres ont aussi eu lieu dans toute la partie du Congo occupée par les Simbas : au Kwilu, en provinces de l’Equateur, du Kivu et du Katanga, à Stanleyville (Province Orientale), les habitants ont eu à subir la folie destructrice de ces bandes droguées à la « maya Mulele ». Le nombre de victimes congolaises se monte, selon toute vraisemblance, à plusieurs dizaines de milliers de morts : qui en connaîtra jamais le nombre exact ? Leurs noms, à quelques exceptions près, ne sont pas connus, à peine mentionnés dans les rares revues ou livres qui ont été publiés à l’époque.

Le devoir de mémoire ne saurait cependant être sélectif : toutes les victimes sont égales devant la mort mais, en l’occurrence, innombrables sont les Congolais qui ne peuvent malheureusement pas être nommés. Nous pouvons cependant faire en sorte que certains d’entre eux le soient, représentants symboliques de leurs frères assassinés. Le hasard a mis sur ma route des enfants de rescapés des massacres de Yangambi, qui se sont passés en août 1964. La mémoire collective reste vivace : la communauté dans son ensemble s’en est souvenue ce 23 août 2014 et a commémoré ses disparus.

YANGAMBI, 1960-1963, en un rapide survol

La petite ville, située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Stanleyville (Kisangani),  abrite depuis les années ’50 la Direction Générale ainsi que le Centre de Recherche de l’INEAC[1]. Un hôpital est également construit sur le site. L’indépendance du Congo est proclamée le 30 juin 1960 mais les événements qui la suivent amènent tous les cadres belges de l’ex colonie à quitter le Pays. Du jour au lendemain, l’Institut, placé sous la tutelle du ministre Weregemere, voit son encadrement disparaître et la reprise se fait, tant bien que mal, par les techniciens Congolais, qui restent sur place. Tous les chefs de service, dès ce moment, sont Congolais : ils occupent les résidences de fonction de leurs prédécesseurs.

En janvier 1961, devant la tournure des événements à Léopoldville (Kinshasa), les responsables du MNC-L (Gizenga, Gbenye) refluent vers Stanleyville pour y créer un éphémère gouvernement sécessionniste, ancêtre du CNL[2], qui, créé en 1963, sera responsable des massacres qui endeuilleront le pays.

YANGAMBI, 1964

Jean Likango, infirmier formé à Elisabethville (où il a connu Moïse Tshombe), est le successeur du Dr Marcel Ph. Desmet, dernier directeur belge de l’hôpital : avant de quitter son poste en juillet ’60, il a pris le temps de proposer Jean Likango pour lui succéder. Ce dernier est l’époux de Mwayuma-Lomito Adolphine Elisabeth (Elise). Ils sont les parents de huit enfants et sont domiciliés dans la cité « Belge ». Parallèlement à ses fonctions de Directeur Administrateur de l’Hôpital de l’INEAC Yangambi, Jean Likango continue sa pratique médico-chirurgicale.

La rébellion, partie d’Uvira (Kivu) en mai 1964, finit par gagner la province Orientale. Moïse Tshombe, nouveau Premier Ministre, visite Stanleyville  le 25 juillet 1964 : l’accueil est triomphal. Il rencontre Jean Likango et lui conseille de fuir la région et de gagner Léopoldville: ce dernier refuse. Il préfère rester à Yangambi pour soigner malades et blessés. En tant que personnel médical, il ne trouve pas normal de fuir et de se réfugier à Léopoldville alors que les gens auront certainement besoin de ses soins. Malgré les bruits répandus par les fuyards venant de Stanleyville, malgré les messages alarmants envoyés par ses contacts,  Jean LIKANGO décide de rester sur place, au péril de sa vie.

Les Simbas sont aux portes de la ville. Début août, Stanleyville et sa région, Yangambi comprise, sont occupées par les rebelles, qui recrutent parmi les pauvres. Une femme, non autrement nommée que « maman Likutu », dont la fille Charlotte est la filleule de maman Elise (v. supra), poussée par la jalousie, dénonce onze personnes au chef rebelle local, au prétexte que ce sont des « Mundele Moindo[3] » : il faut éliminer les élites. Ils appartiennent tous à la tribu Lokele,  sauf Ekutsu Eugène, originaire de l’Équateur :

BADJOKO Augustin (Agent à la Direction Générale de l’INEAC)

BANGALA Léonard (Secrétaire Administratif de l’Hôpital et à la D.G.)

BONYOMA Jacques (Administratif à la Direction Générale)

EKUTSU Eugène (Directeur a.i.  du Centre de Recherche de l’INEAC)

MOUSSA Augustin (Administratif à la D.G.)

MANGAPI Pierre (Administratif à la D.G.)

LIKANGO Jean (Directeur Administrateur Général de l’Hôpital de l’INEAC)

WAWINA Gilbert (Administratif à la Direction Générale)

LINGELEMA Gilbert (Administratif à la Direction Générale)

BITA Birharo

AFETE Daniel

En plus de ces onze victimes, deux membres de la communauté Lokele et n’appartenant pas au personnel de l’INEAC (leurs noms restent inconnus à ce jour) sont dénoncés comme sorciers (Ndimo): ils sont massacrés et leurs corps jetés dans le fleuve.

LIKANGO Jean est arrêté parce qu’il défend son ami Ekutsu Eugène, originaire de l’Équateur. Diverses raisons sont invoquées pour justifier leur arrestation : « ils » auraient fait partie du P.N.P (Parti National du Progrès) ou de l’UNACO (Union Nationale Congolaise), partis modérés peu favorables aux thèses du MNC-Lumumba. « Ils » auraient reçu de l’argent des Belges …

La plupart sont arrêtés dans la semaine du 08 au 15/08/1964. Bangala Léonard et Moussa Augustin, que leurs parents avaient cachés sur un îlot du fleuve loin de Yangambi, sont découverts par la femme rebelle maman LIKUTU, grâce à une ruse : elle fait croire  que  la rébellion est terminée, que tous doivent sortir de leurs cachettes et retourner à leur domicile et reprendre le travail. Ils sont ramenés en pirogue à Yangambi.

LIKANGO Jean est donc arrêté le mercredi 20/08/1964. Le 22/08, il demande à son épouse de lui apporter sa chemise et sa cravate parce que le 23/08, ils seront exécutés. Le 23/08, un lundi, jour de la St Barthélémy, vers 10H00, au sortir de la messe, les « onze » qui ont été mis au cachot du sous-sol du Guest House, sont emmenés au stade de la cité Reine Astrid: à midi, en présence des habitants, contraints d’assister à la tuerie, ils sont fusillés par un peloton d’exécution composé d’étrangers à la région. Son mari mort, maman Elise veut enterrer son époux. Avec un bébé de 7 jours dans ses bras,  elle ose affronter les rebelles qui refusent de l’écouter.

Les corps restent deux jours en plein air dans le stade. Agacés par l’insistance de Maman Elise, les rebelles  finissent par lui accorder l’autorisation d’inhumer le corps de son mari, à la condition qu’elle s’occupe aussi de trouver une sépulture pour les dix autres corps, faute de quoi les cadavres seront jetés dans le fleuve tout proche. L’hôpital de Yangambi met à la disposition de la veuve de LIKANGO Jean une civière, des draps, des couvertures et des désinfectants.

Les onze corps en état de décomposition sont jetés dans la remorque d’un tracteur. La veuve de LIKANGO Jean et ses parents ont cependant le temps d’envelopper le corps de leur beau-fils dans un linceul, le placent sur la civière et prennent la direction du cimetière de la cité Belge. Maman Elise, aidée de ses parents, de ses oncles ainsi que de quelques membres de la famille proche, porte en terre les onze corps.  Jean est inhumé dans une tombe, seul ; ses dix compagnons sont regroupés dans deux  fosses communes, juste derrière sa tombe. Ces « onze » sont connus et bénéficient enfin d’une sépulture digne.

D’autres victimes peuvent également être citées : SONGE, MAFUTA Antoine et BOTONGOLONONGO Augustin sont tués les jours suivants dans la cité même. Mais d’autres victimes, une bonne cinquantaine, sont également à déplorer : beaucoup sont jetés aux crocodiles dans le fleuve. Ils ont été surpris, certains dans la forêt entourant Yangambi, d’autres sur leurs lieux de travail, où ils tentaient de se cacher. Leurs familles seules ont retenu leurs noms.

Les rebelles occupent alors la maison de fonction de la famille Likango, qui se voit contrainte de fuir vers le village d’Elambi  (territoire d’Isangi)  chez les beaux-parents qui sont venus rechercher Elise et ses huit enfants; d’autres rescapés fuient dans la forêt, dont certains ne sortiront qu’après plusieurs mois. Le 10 décembre[4] 1964, une colonne de l’ANC, commandée par Mike Hoare, et qui a incorporé d’autres jeunes congolais tels que LIKWELA, LIMBILA Paul, Paul BITYA et tant d’autres, atteint Yangambi et Isangi et ramène, parmi d’autres otages, la famille Likango vers Stanleyville.

La justice est alors expéditive et malheur aux rebelles (ou supposés tels) sur lesquels l’armée peut mettre la main : ils sont passés par les armes sans autre forme de procès. Quant à maman Likutu, elle se cache à Kisangani mais, suite à une dénonciation, elle est arrêtée en 1965 : elle est jugée et condamnée à la peine de mort par fusillade devant toute la population et les veuves de ses victimes. C’est alors que YAFALI Augustin, devenu Directeur du Centre des Recherches de l’INEAC, propose à toutes les veuves qui le souhaitent de retourner à Yangambi pour y travailler à la place de leur mari. Maman Élise y retourne, où elle commence une carrière de sage-femme qu’elle termine en 1975. Elle devient alors chef de cuisine de l’Hôpital jusqu’en 1980.

YANGAMBI, épilogue

En 1965, les « onze » sont déclarés « Martyrs » et des pierres tombales sont posées sur leur fosse.

L’INEAC Yangambi débaptise quelques cités et les renomme :

La cité « Belge » devient la cité « Likango »

La cité « Reine Astrid » devient la cité « Ekutsu »

La cité « Coquilhatville » devient la cité « Bangala

Et la cité « Paris » devient la cité « Moussa »

Chaque année, à la date du 23 août, en mémoire des Martyrs de la Rébellion, des cérémonies commémoratives sont célébrées avec faste par la Direction Générale de l’INEAC, devenue INERA.

Faut-il ajouter que l’état congolais n’a jamais versé de pension aux familles des survivants (mais en avait-il les moyens ?). Tout récemment, le curé de la paroisse de Yangambi stigmatisait la cupidité de la population qui, lors des guerres de l’Est avec l’armée rwandaise, dénonçait certains villageois auprès de l’armée d’occupation ? Cinquante ans après les tragiques événements de 1964, l’Histoire repassait les plats …

Une messe commémorative a été célébrée à Yangambi le 24 août 2014 : Nelly Ghislaine, la fille de Jean Likango, a fait le déplacement de Bruxelles pour assister à la cérémonie. De passage à Kinshasa, elle a fait célébrer une messe à la mémoire de sa maman, décédée le 07 décembre 2004 à Kinshasa.

Témoignages :

  1. Likango Nelly (Belgique)
  2. Limbanga Jeanne (Belgique)
  3. Lifeta André (Bologne Italie)
  4. Ngama Patrice (Retraité à Yangambi)
  5. Lomami Paul (Secrétaire Paroissial) Yangambi
  6. Bolengelenge Faustin (Yangambi)
  7. Maingolo (Yangambi)
  8. Lobaisi (Kisangani) Travail de fin d’études fourni sur les Martyrs de Yangambi.

Sources :

  1. L’Ommegang, odyssée et reconquête de Stanleyville 1964, Colonel e.r. Vandewalle
  2. Dans Stanleyville, Patrick Nothomb, Ed Masoin, Bruxelles
  3. Qui sont les leaders Congolais ? Pierre Artigue, Editions Europe – Afrique, Bruxelles, 1960

 


 

[1]              Institut National pour l’Etude Agronomique du Congo Belge

[2]              Conseil National de Libération

[3]              Les « Noirs blancs »

[4]             In « l’Ommegang », Colonel e.r F. Vandewalle, p.392

Revue 32 – Opérations Dragon rouge et Dragon noir

Traduction de l’article paru dans la revue

L’histoire de l’adjudant-chef o.r. O. Braeckman

 En novembre 1964, j’ai été assigné en tant que sergent para-commando fraîchement émoulu à la 12e compagnie, peloton B.  J’avais comme commandant de compagnie le Capitaine Raes, et comme chef de  peloton le Sous-lieutenant Van Baelen. Ma section n’était entrée en fonction que depuis 5 mois, et à cette époque elle n’avait encore que 5 sauts à son actif. La compagnie comptait environ 111 hommes, dont 27 seulement étaient militaires de carrière  (10 officiers, 14 sous-officiers et 9 volontaires de carrière (caporaux).

Début novembre, nous étions conscients qu’il y avait des « matatas» au Congo, et qu’une colonne de mercenaires du Colonel Vandewalle marchait sur Stanleyville. Mais nous ne pensions pas du tout y être confrontés… jusqu’à ce 16 novembre, où nous avons été réveillés à minuit au son du clairon par le 1er  Sergent Lambrechts. Je disposais de deux heures pour me préparer, mais il ne pouvait pas me dire dans quel but. Comme d’habitude, ma femme m’a préparé quelques tartines à l’omelette : ma femme était « la femme » dont un commando avait besoin : même si elle paniquait, elle ne l’a jamais montré.

J’ai encore écrit une lettre à la hâte à mes parents pour éviter la panique: je leur ai dit que j’étais à la maison et qu’il ne se passait rien. Ma femme la leur a postée trois jours plus tard, ils m’ont donc cru.

Vers trois heures, on est venu me chercher: nous ne savions rien de notre mission, et ce n’est qu’en décollant de Kleine-Brogel que nous avons appris que nous allions intervenir à Stanleyville.

Le 19 novembre nous étions donc en route pour l’île d’Ascension, où nous avons été mis ou courant de la mission à exécuter. On n’a pas reçu une formation bien étendue là-bas, surtout beaucoup de théorie et pas question de saut en parachute, il fallait charger et décharger ces grand avions C130. Nous n’y sommes d’ailleurs restés que 2 jours. Petite anecdote : nous savions donc désormais où nous allions, mais pendant l’un des briefings on nous a dit que l’ennemi comptait 10.000 hommes (nous étions une force d’environ 800 hommes) … OUPS !!

Deux jours plus tard, nous étions en route pour la base aérienne de Kamina, qui est devenue notre base de départ. Encore quelques jours de préparation, et le 23 novembre nous avons décollé en direction de Stan, “équipés” (c.à.d. avec deux parachutes, sac à dos, armement et munitions) et prêts à sauter sur l’aéroport de Stanleyville. Un moment de sourire : pendant le vol, un de mes hommes m’a demandé; “Dites, Sergent, si on saute ici, ça va compter pour notre brevet?” J’avoue que j’avais d’autres soucis en tête, ma première priorité était de les sortir tous vivants de cette mission !! Les hommes de ma section se sont comportés tout simplement de manière « exemplaire », je ne les avais jamais vus aussi disciplinés, absolument pas de panique, plutôt inconscients de ce qui les attendait peut-être.

Pendant le vol, on nous a fait savoir que les premiers parachutages s’étaient bien passés, de sorte qu’il n’y avait plus de saut au programme pour nous, mais un atterrissage précipité. Dès que nous avons mis pied à terre, rassemblement en vitesse, et progresser en direction de la ville, où nous devions libérer de toute urgence des otages en situation difficile. On nous a donné l’ordre de prendre d’assaut un grand bâtiment qui abritait peut-être des otages : arrivée sur place, la compagnie fut mise en “all round defence” et le bâtiment encerclé. Nous avons immédiatement commencé à prendre d’assaut notre objectif, action qui s’est déroulée dans des fusillades en tous sens. Au bout d’une heure ou deux, ça avait déjà l’air plus sécurisé pour nous, et nous avons pu constater qu’il n’y avait pas de prisonniers à l’intérieur. Nous avons reçu l’ordre de nous replier et de former un large cordon de défense autour de l’aéroport, mais nous avons constaté que, dans cette zone, il y avait un hôpital qui devait évidemment d’abord être purifié.

Je fus sorti du dispositif avec ma section à ce moment-là, pour procéder à la purification de trois maisons suspectes, qui représentaient un danger pour notre sécurité. Quand on a entamé l’opération de purification, je me suis rendu compte qu’il était dangereux d’y faire participer mes hommes. Je les ai disposés en bouclier de protection autour des maisons et j’ai fait la besogne moi-même: il y avait une trentaine de gens, complètement paniqués, mais les simbas avaient pris la fuite. Il faut savoir que purifier une maison requiert une certaine formation que mes hommes n’avaient pas encore à ce moment-là. Je peux vous assurer que mes hommes ont livré du très bon boulot.

Au bout d’une heure, j’avais fini le travail, et nous pouvions reprendre notre place dans l’organisation et commencer la purification de l’hôpital. Il y avait des tirs dans tous les sens: quatre mulelistes ont été tués, mais aucun blessé parmi nous. On a quand-même eu beaucoup de chance: à un moment donné pendant la purification, je me suis retrouvé dans une embrasure de porte, une balle a fait éclater le chambranle de porte, à quelques centimètres seulement de ma tête, un vrai coup de bol ! Par la suite, notre 12e compagnie a été chargée de la sécurité de l’aéroport et de l’hôpital, que devait être prêt à exécuter des opérations et des soins à nos hommes le cas échéant.

Pendant la nuit, ça s’est calmé, et nous avons entendu que la 12e compagnie était en train de se replier. En effet, à l’aurore, le cordon de défense fut levé dans l’après-midi et nous avons embarqué en direction de Kamina, où nous avons été remis en situation de paix. J’étais en effet à la recherche de caisses à la base, pour y entreposer les munitions non utilisées. En quittant le local, un officier nous a interpellés en nous demandant ce qu’on faisait là. Je lui ai donné quelques explications à propos des caisses, et on a pu partir tout simplement.

Ce dernier séjour m’a donné l’occasion de faire brièvement la connaissance du Colonel Schramme, dont j’ai entendu par la suite qu’il était le commandant des soi-disant “Affreux”.

A notre retour à Bruxelles, nous avons été reçus triomphalement par la population, avec un accueil du Roi et un défilé dans les rues de Bruxelles. Nous n’oublierons pas de sitôt Stanleyville 1964 ! Dommage que d’autres interventions aient suivi, avec toutes les souffrances qu’elles ont entraînées.

Revue 31 – Retrouvailles des amis du CONGO/ZAIRE -32e Edition

Traduction de l’article paru dans la revue

Le 14 juin dernier, une famille très spéciale : les amis du Congo/Zaire, a organisé les 32èmes retrouvailles. L’événement a eu lieu à la Quinta Valenciana, à Fernão Ferro, au Portugal et a réuni 176 personnes parmi lesquelles des Portugais, des Belges et autres. Les organisateurs ont fait de leur mieux afin que l’ambiance soit festive comme il est habituel en cette occasion.

Ceux ayant eu le privilège d’assister à ces retrouvailles ont pu apprécier cette opportunité rare et gaie qui nous remplit le cœur de rythmes et de magie. Si par moments, le temps a suspendu son vol et nous a plongés dans la nostalgie du passé, il est certain que c’est dans une atmosphère affective que les valeurs de ces instants uniques sont les plus fortes.

Les couleurs, les sons, les danses et le charme environnant nous ont fait revivre les temps heureux, le bien-être et l’amitié des participants. Ainsi donc, ce « voyage » annuel nous séduit, nous réconforte et fait vibrer en nous de bonnes émotions.

Dans cet univers rempli de sonorités et de perceptions subtiles, les mémoires africaines ont ressurgi et les rêves et projets enfouis se sont réveillés. Pouvoir encore savourer des rencontres comme celle-ci, signifie : regarder, grandir, sourire et partager tout ce qui a de bon en nous ! Il est de ces moments qui nous habitent, qui ne nous quittent plus ; ne les laissons pas s’échapper ! Que l’équilibre entre volonté et complicité permette la réalisation de nouvelles retrouvailles – c’est un cadeau que nous nous devons de valoriser de toutes nos forces.

Traduction libre du texte de Mª Teresa Neves de Sousa – Cécile Nunes.