All posts by Paul Vannès

Revue 32 – “Août 1964, les massacres de Yangambi” par Dr Marc GEORGES

AVANT-PROPOS

 Cinquante années ont passé depuis les massacres de 1964 à Stanleyville : leur souvenir  en reste vivace. En cette année 2014, des cérémonies commémoratives ont eu lieu au Congo et en Belgique, qui ont permis de rappeler à la population ces douloureux événements. Nombreux ont été les rescapés, Congolais comme Belges et étrangers, leurs amis et sympathisants à assister à la messe à la cathédrale St Michel le 20 septembre 2014, cérémonie tout empreinte de recueillement pour les victimes de ces massacres.

Ces événements, pour tragiques qu’ils aient été, ne sauraient occulter le fait que des massacres ont aussi eu lieu dans toute la partie du Congo occupée par les Simbas : au Kwilu, en provinces de l’Equateur, du Kivu et du Katanga, à Stanleyville (Province Orientale), les habitants ont eu à subir la folie destructrice de ces bandes droguées à la « maya Mulele ». Le nombre de victimes congolaises se monte, selon toute vraisemblance, à plusieurs dizaines de milliers de morts : qui en connaîtra jamais le nombre exact ? Leurs noms, à quelques exceptions près, ne sont pas connus, à peine mentionnés dans les rares revues ou livres qui ont été publiés à l’époque.

Le devoir de mémoire ne saurait cependant être sélectif : toutes les victimes sont égales devant la mort mais, en l’occurrence, innombrables sont les Congolais qui ne peuvent malheureusement pas être nommés. Nous pouvons cependant faire en sorte que certains d’entre eux le soient, représentants symboliques de leurs frères assassinés. Le hasard a mis sur ma route des enfants de rescapés des massacres de Yangambi, qui se sont passés en août 1964. La mémoire collective reste vivace : la communauté dans son ensemble s’en est souvenue ce 23 août 2014 et a commémoré ses disparus.

YANGAMBI, 1960-1963, en un rapide survol

La petite ville, située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Stanleyville (Kisangani),  abrite depuis les années ’50 la Direction Générale ainsi que le Centre de Recherche de l’INEAC[1]. Un hôpital est également construit sur le site. L’indépendance du Congo est proclamée le 30 juin 1960 mais les événements qui la suivent amènent tous les cadres belges de l’ex colonie à quitter le Pays. Du jour au lendemain, l’Institut, placé sous la tutelle du ministre Weregemere, voit son encadrement disparaître et la reprise se fait, tant bien que mal, par les techniciens Congolais, qui restent sur place. Tous les chefs de service, dès ce moment, sont Congolais : ils occupent les résidences de fonction de leurs prédécesseurs.

En janvier 1961, devant la tournure des événements à Léopoldville (Kinshasa), les responsables du MNC-L (Gizenga, Gbenye) refluent vers Stanleyville pour y créer un éphémère gouvernement sécessionniste, ancêtre du CNL[2], qui, créé en 1963, sera responsable des massacres qui endeuilleront le pays.

YANGAMBI, 1964

Jean Likango, infirmier formé à Elisabethville (où il a connu Moïse Tshombe), est le successeur du Dr Marcel Ph. Desmet, dernier directeur belge de l’hôpital : avant de quitter son poste en juillet ’60, il a pris le temps de proposer Jean Likango pour lui succéder. Ce dernier est l’époux de Mwayuma-Lomito Adolphine Elisabeth (Elise). Ils sont les parents de huit enfants et sont domiciliés dans la cité « Belge ». Parallèlement à ses fonctions de Directeur Administrateur de l’Hôpital de l’INEAC Yangambi, Jean Likango continue sa pratique médico-chirurgicale.

La rébellion, partie d’Uvira (Kivu) en mai 1964, finit par gagner la province Orientale. Moïse Tshombe, nouveau Premier Ministre, visite Stanleyville  le 25 juillet 1964 : l’accueil est triomphal. Il rencontre Jean Likango et lui conseille de fuir la région et de gagner Léopoldville: ce dernier refuse. Il préfère rester à Yangambi pour soigner malades et blessés. En tant que personnel médical, il ne trouve pas normal de fuir et de se réfugier à Léopoldville alors que les gens auront certainement besoin de ses soins. Malgré les bruits répandus par les fuyards venant de Stanleyville, malgré les messages alarmants envoyés par ses contacts,  Jean LIKANGO décide de rester sur place, au péril de sa vie.

Les Simbas sont aux portes de la ville. Début août, Stanleyville et sa région, Yangambi comprise, sont occupées par les rebelles, qui recrutent parmi les pauvres. Une femme, non autrement nommée que « maman Likutu », dont la fille Charlotte est la filleule de maman Elise (v. supra), poussée par la jalousie, dénonce onze personnes au chef rebelle local, au prétexte que ce sont des « Mundele Moindo[3] » : il faut éliminer les élites. Ils appartiennent tous à la tribu Lokele,  sauf Ekutsu Eugène, originaire de l’Équateur :

BADJOKO Augustin (Agent à la Direction Générale de l’INEAC)

BANGALA Léonard (Secrétaire Administratif de l’Hôpital et à la D.G.)

BONYOMA Jacques (Administratif à la Direction Générale)

EKUTSU Eugène (Directeur a.i.  du Centre de Recherche de l’INEAC)

MOUSSA Augustin (Administratif à la D.G.)

MANGAPI Pierre (Administratif à la D.G.)

LIKANGO Jean (Directeur Administrateur Général de l’Hôpital de l’INEAC)

WAWINA Gilbert (Administratif à la Direction Générale)

LINGELEMA Gilbert (Administratif à la Direction Générale)

BITA Birharo

AFETE Daniel

En plus de ces onze victimes, deux membres de la communauté Lokele et n’appartenant pas au personnel de l’INEAC (leurs noms restent inconnus à ce jour) sont dénoncés comme sorciers (Ndimo): ils sont massacrés et leurs corps jetés dans le fleuve.

LIKANGO Jean est arrêté parce qu’il défend son ami Ekutsu Eugène, originaire de l’Équateur. Diverses raisons sont invoquées pour justifier leur arrestation : « ils » auraient fait partie du P.N.P (Parti National du Progrès) ou de l’UNACO (Union Nationale Congolaise), partis modérés peu favorables aux thèses du MNC-Lumumba. « Ils » auraient reçu de l’argent des Belges …

La plupart sont arrêtés dans la semaine du 08 au 15/08/1964. Bangala Léonard et Moussa Augustin, que leurs parents avaient cachés sur un îlot du fleuve loin de Yangambi, sont découverts par la femme rebelle maman LIKUTU, grâce à une ruse : elle fait croire  que  la rébellion est terminée, que tous doivent sortir de leurs cachettes et retourner à leur domicile et reprendre le travail. Ils sont ramenés en pirogue à Yangambi.

LIKANGO Jean est donc arrêté le mercredi 20/08/1964. Le 22/08, il demande à son épouse de lui apporter sa chemise et sa cravate parce que le 23/08, ils seront exécutés. Le 23/08, un lundi, jour de la St Barthélémy, vers 10H00, au sortir de la messe, les « onze » qui ont été mis au cachot du sous-sol du Guest House, sont emmenés au stade de la cité Reine Astrid: à midi, en présence des habitants, contraints d’assister à la tuerie, ils sont fusillés par un peloton d’exécution composé d’étrangers à la région. Son mari mort, maman Elise veut enterrer son époux. Avec un bébé de 7 jours dans ses bras,  elle ose affronter les rebelles qui refusent de l’écouter.

Les corps restent deux jours en plein air dans le stade. Agacés par l’insistance de Maman Elise, les rebelles  finissent par lui accorder l’autorisation d’inhumer le corps de son mari, à la condition qu’elle s’occupe aussi de trouver une sépulture pour les dix autres corps, faute de quoi les cadavres seront jetés dans le fleuve tout proche. L’hôpital de Yangambi met à la disposition de la veuve de LIKANGO Jean une civière, des draps, des couvertures et des désinfectants.

Les onze corps en état de décomposition sont jetés dans la remorque d’un tracteur. La veuve de LIKANGO Jean et ses parents ont cependant le temps d’envelopper le corps de leur beau-fils dans un linceul, le placent sur la civière et prennent la direction du cimetière de la cité Belge. Maman Elise, aidée de ses parents, de ses oncles ainsi que de quelques membres de la famille proche, porte en terre les onze corps.  Jean est inhumé dans une tombe, seul ; ses dix compagnons sont regroupés dans deux  fosses communes, juste derrière sa tombe. Ces « onze » sont connus et bénéficient enfin d’une sépulture digne.

D’autres victimes peuvent également être citées : SONGE, MAFUTA Antoine et BOTONGOLONONGO Augustin sont tués les jours suivants dans la cité même. Mais d’autres victimes, une bonne cinquantaine, sont également à déplorer : beaucoup sont jetés aux crocodiles dans le fleuve. Ils ont été surpris, certains dans la forêt entourant Yangambi, d’autres sur leurs lieux de travail, où ils tentaient de se cacher. Leurs familles seules ont retenu leurs noms.

Les rebelles occupent alors la maison de fonction de la famille Likango, qui se voit contrainte de fuir vers le village d’Elambi  (territoire d’Isangi)  chez les beaux-parents qui sont venus rechercher Elise et ses huit enfants; d’autres rescapés fuient dans la forêt, dont certains ne sortiront qu’après plusieurs mois. Le 10 décembre[4] 1964, une colonne de l’ANC, commandée par Mike Hoare, et qui a incorporé d’autres jeunes congolais tels que LIKWELA, LIMBILA Paul, Paul BITYA et tant d’autres, atteint Yangambi et Isangi et ramène, parmi d’autres otages, la famille Likango vers Stanleyville.

La justice est alors expéditive et malheur aux rebelles (ou supposés tels) sur lesquels l’armée peut mettre la main : ils sont passés par les armes sans autre forme de procès. Quant à maman Likutu, elle se cache à Kisangani mais, suite à une dénonciation, elle est arrêtée en 1965 : elle est jugée et condamnée à la peine de mort par fusillade devant toute la population et les veuves de ses victimes. C’est alors que YAFALI Augustin, devenu Directeur du Centre des Recherches de l’INEAC, propose à toutes les veuves qui le souhaitent de retourner à Yangambi pour y travailler à la place de leur mari. Maman Élise y retourne, où elle commence une carrière de sage-femme qu’elle termine en 1975. Elle devient alors chef de cuisine de l’Hôpital jusqu’en 1980.

YANGAMBI, épilogue

En 1965, les « onze » sont déclarés « Martyrs » et des pierres tombales sont posées sur leur fosse.

L’INEAC Yangambi débaptise quelques cités et les renomme :

La cité « Belge » devient la cité « Likango »

La cité « Reine Astrid » devient la cité « Ekutsu »

La cité « Coquilhatville » devient la cité « Bangala

Et la cité « Paris » devient la cité « Moussa »

Chaque année, à la date du 23 août, en mémoire des Martyrs de la Rébellion, des cérémonies commémoratives sont célébrées avec faste par la Direction Générale de l’INEAC, devenue INERA.

Faut-il ajouter que l’état congolais n’a jamais versé de pension aux familles des survivants (mais en avait-il les moyens ?). Tout récemment, le curé de la paroisse de Yangambi stigmatisait la cupidité de la population qui, lors des guerres de l’Est avec l’armée rwandaise, dénonçait certains villageois auprès de l’armée d’occupation ? Cinquante ans après les tragiques événements de 1964, l’Histoire repassait les plats …

Une messe commémorative a été célébrée à Yangambi le 24 août 2014 : Nelly Ghislaine, la fille de Jean Likango, a fait le déplacement de Bruxelles pour assister à la cérémonie. De passage à Kinshasa, elle a fait célébrer une messe à la mémoire de sa maman, décédée le 07 décembre 2004 à Kinshasa.

Témoignages :

  1. Likango Nelly (Belgique)
  2. Limbanga Jeanne (Belgique)
  3. Lifeta André (Bologne Italie)
  4. Ngama Patrice (Retraité à Yangambi)
  5. Lomami Paul (Secrétaire Paroissial) Yangambi
  6. Bolengelenge Faustin (Yangambi)
  7. Maingolo (Yangambi)
  8. Lobaisi (Kisangani) Travail de fin d’études fourni sur les Martyrs de Yangambi.

Sources :

  1. L’Ommegang, odyssée et reconquête de Stanleyville 1964, Colonel e.r. Vandewalle
  2. Dans Stanleyville, Patrick Nothomb, Ed Masoin, Bruxelles
  3. Qui sont les leaders Congolais ? Pierre Artigue, Editions Europe – Afrique, Bruxelles, 1960

 


 

[1]              Institut National pour l’Etude Agronomique du Congo Belge

[2]              Conseil National de Libération

[3]              Les « Noirs blancs »

[4]             In « l’Ommegang », Colonel e.r F. Vandewalle, p.392

Revue 32 – Opérations Dragon rouge et Dragon noir

Traduction de l’article paru dans la revue

L’histoire de l’adjudant-chef o.r. O. Braeckman

 En novembre 1964, j’ai été assigné en tant que sergent para-commando fraîchement émoulu à la 12e compagnie, peloton B.  J’avais comme commandant de compagnie le Capitaine Raes, et comme chef de  peloton le Sous-lieutenant Van Baelen. Ma section n’était entrée en fonction que depuis 5 mois, et à cette époque elle n’avait encore que 5 sauts à son actif. La compagnie comptait environ 111 hommes, dont 27 seulement étaient militaires de carrière  (10 officiers, 14 sous-officiers et 9 volontaires de carrière (caporaux).

Début novembre, nous étions conscients qu’il y avait des « matatas» au Congo, et qu’une colonne de mercenaires du Colonel Vandewalle marchait sur Stanleyville. Mais nous ne pensions pas du tout y être confrontés… jusqu’à ce 16 novembre, où nous avons été réveillés à minuit au son du clairon par le 1er  Sergent Lambrechts. Je disposais de deux heures pour me préparer, mais il ne pouvait pas me dire dans quel but. Comme d’habitude, ma femme m’a préparé quelques tartines à l’omelette : ma femme était « la femme » dont un commando avait besoin : même si elle paniquait, elle ne l’a jamais montré.

J’ai encore écrit une lettre à la hâte à mes parents pour éviter la panique: je leur ai dit que j’étais à la maison et qu’il ne se passait rien. Ma femme la leur a postée trois jours plus tard, ils m’ont donc cru.

Vers trois heures, on est venu me chercher: nous ne savions rien de notre mission, et ce n’est qu’en décollant de Kleine-Brogel que nous avons appris que nous allions intervenir à Stanleyville.

Le 19 novembre nous étions donc en route pour l’île d’Ascension, où nous avons été mis ou courant de la mission à exécuter. On n’a pas reçu une formation bien étendue là-bas, surtout beaucoup de théorie et pas question de saut en parachute, il fallait charger et décharger ces grand avions C130. Nous n’y sommes d’ailleurs restés que 2 jours. Petite anecdote : nous savions donc désormais où nous allions, mais pendant l’un des briefings on nous a dit que l’ennemi comptait 10.000 hommes (nous étions une force d’environ 800 hommes) … OUPS !!

Deux jours plus tard, nous étions en route pour la base aérienne de Kamina, qui est devenue notre base de départ. Encore quelques jours de préparation, et le 23 novembre nous avons décollé en direction de Stan, “équipés” (c.à.d. avec deux parachutes, sac à dos, armement et munitions) et prêts à sauter sur l’aéroport de Stanleyville. Un moment de sourire : pendant le vol, un de mes hommes m’a demandé; “Dites, Sergent, si on saute ici, ça va compter pour notre brevet?” J’avoue que j’avais d’autres soucis en tête, ma première priorité était de les sortir tous vivants de cette mission !! Les hommes de ma section se sont comportés tout simplement de manière « exemplaire », je ne les avais jamais vus aussi disciplinés, absolument pas de panique, plutôt inconscients de ce qui les attendait peut-être.

Pendant le vol, on nous a fait savoir que les premiers parachutages s’étaient bien passés, de sorte qu’il n’y avait plus de saut au programme pour nous, mais un atterrissage précipité. Dès que nous avons mis pied à terre, rassemblement en vitesse, et progresser en direction de la ville, où nous devions libérer de toute urgence des otages en situation difficile. On nous a donné l’ordre de prendre d’assaut un grand bâtiment qui abritait peut-être des otages : arrivée sur place, la compagnie fut mise en “all round defence” et le bâtiment encerclé. Nous avons immédiatement commencé à prendre d’assaut notre objectif, action qui s’est déroulée dans des fusillades en tous sens. Au bout d’une heure ou deux, ça avait déjà l’air plus sécurisé pour nous, et nous avons pu constater qu’il n’y avait pas de prisonniers à l’intérieur. Nous avons reçu l’ordre de nous replier et de former un large cordon de défense autour de l’aéroport, mais nous avons constaté que, dans cette zone, il y avait un hôpital qui devait évidemment d’abord être purifié.

Je fus sorti du dispositif avec ma section à ce moment-là, pour procéder à la purification de trois maisons suspectes, qui représentaient un danger pour notre sécurité. Quand on a entamé l’opération de purification, je me suis rendu compte qu’il était dangereux d’y faire participer mes hommes. Je les ai disposés en bouclier de protection autour des maisons et j’ai fait la besogne moi-même: il y avait une trentaine de gens, complètement paniqués, mais les simbas avaient pris la fuite. Il faut savoir que purifier une maison requiert une certaine formation que mes hommes n’avaient pas encore à ce moment-là. Je peux vous assurer que mes hommes ont livré du très bon boulot.

Au bout d’une heure, j’avais fini le travail, et nous pouvions reprendre notre place dans l’organisation et commencer la purification de l’hôpital. Il y avait des tirs dans tous les sens: quatre mulelistes ont été tués, mais aucun blessé parmi nous. On a quand-même eu beaucoup de chance: à un moment donné pendant la purification, je me suis retrouvé dans une embrasure de porte, une balle a fait éclater le chambranle de porte, à quelques centimètres seulement de ma tête, un vrai coup de bol ! Par la suite, notre 12e compagnie a été chargée de la sécurité de l’aéroport et de l’hôpital, que devait être prêt à exécuter des opérations et des soins à nos hommes le cas échéant.

Pendant la nuit, ça s’est calmé, et nous avons entendu que la 12e compagnie était en train de se replier. En effet, à l’aurore, le cordon de défense fut levé dans l’après-midi et nous avons embarqué en direction de Kamina, où nous avons été remis en situation de paix. J’étais en effet à la recherche de caisses à la base, pour y entreposer les munitions non utilisées. En quittant le local, un officier nous a interpellés en nous demandant ce qu’on faisait là. Je lui ai donné quelques explications à propos des caisses, et on a pu partir tout simplement.

Ce dernier séjour m’a donné l’occasion de faire brièvement la connaissance du Colonel Schramme, dont j’ai entendu par la suite qu’il était le commandant des soi-disant “Affreux”.

A notre retour à Bruxelles, nous avons été reçus triomphalement par la population, avec un accueil du Roi et un défilé dans les rues de Bruxelles. Nous n’oublierons pas de sitôt Stanleyville 1964 ! Dommage que d’autres interventions aient suivi, avec toutes les souffrances qu’elles ont entraînées.

Revue 31 – Retrouvailles des amis du CONGO/ZAIRE -32e Edition

Traduction de l’article paru dans la revue

Le 14 juin dernier, une famille très spéciale : les amis du Congo/Zaire, a organisé les 32èmes retrouvailles. L’événement a eu lieu à la Quinta Valenciana, à Fernão Ferro, au Portugal et a réuni 176 personnes parmi lesquelles des Portugais, des Belges et autres. Les organisateurs ont fait de leur mieux afin que l’ambiance soit festive comme il est habituel en cette occasion.

Ceux ayant eu le privilège d’assister à ces retrouvailles ont pu apprécier cette opportunité rare et gaie qui nous remplit le cœur de rythmes et de magie. Si par moments, le temps a suspendu son vol et nous a plongés dans la nostalgie du passé, il est certain que c’est dans une atmosphère affective que les valeurs de ces instants uniques sont les plus fortes.

Les couleurs, les sons, les danses et le charme environnant nous ont fait revivre les temps heureux, le bien-être et l’amitié des participants. Ainsi donc, ce « voyage » annuel nous séduit, nous réconforte et fait vibrer en nous de bonnes émotions.

Dans cet univers rempli de sonorités et de perceptions subtiles, les mémoires africaines ont ressurgi et les rêves et projets enfouis se sont réveillés. Pouvoir encore savourer des rencontres comme celle-ci, signifie : regarder, grandir, sourire et partager tout ce qui a de bon en nous ! Il est de ces moments qui nous habitent, qui ne nous quittent plus ; ne les laissons pas s’échapper ! Que l’équilibre entre volonté et complicité permette la réalisation de nouvelles retrouvailles – c’est un cadeau que nous nous devons de valoriser de toutes nos forces.

Traduction libre du texte de Mª Teresa Neves de Sousa – Cécile Nunes.

Revue 31 – AFRIKAGETUIGENISSEN : dix ans déjà

Traduction de l’article paru dans la revue

“Oh temps, suspends ton vol !”, on serait tenté de le répéter, car c’était comme hier lorsque nous sommes arrivés à la conclusion, début 2004, qu’il serait préférable que les témoins néerlandophones de notre passé africain volent de leurs propres ailes. Cette décision commune était le résultat d’une de nos discussions chaleureuses avec notre regretté ami, l’administrateur délégué de l’époque, Georges Lambert.

Cela fait désormais partie de notre histoire, mais il est bien ainsi que Mémoires du Congo a comporté, au cours des premiers mois de son existence, une aile néerlandophone. A vrai dire, c’était plutôt l’œuvre d’un seul homme, un travailleur infatigable aux talents multiples, Cyriel Van Meel, qui était parvenu à réaliser, en quelques semaines de temps, plusieurs dizaines d’excellents enregistrements de témoins de l’époque coloniale.  Aussi, ceux-ci sont venus constituer le premier trésor de l’asbl Afrikagetuigenssen, qui fut tenue sur les fonts baptismaux le 26 mars 2004.

Il semble bien que la naissance de cet alter ego de MdC soit intervenue sous une constellation favorable car les affaires ne tardaient pas à aller aussitôt bon train. Des relations humaines des plus cordiales, le bouche à bouche, mais surtout cette sorte de feu sacré qui tient ensemble tous ces anciens amis du Congo fit merveille.

L’assistance et l’amitié réciproques avec l’association sœur, de deux ans son ainée, était un atout précieux. Dès le début, elles étaient représentées réciproquement dans les conseils d’administration respectifs. Mieux encore, depuis quelques années, le soussigné a été invité à assumer la vice-présidence de MdC. Conjointement aussi, les deux associations ont reçu l’agréation du Musée d’Afrique centrale à Tervuren.

Le premier objectif de notre activité relève de l’historiographie, à savoir un exercice d’histoire orale. C’est ainsi que quelque trois cents témoignages et interviews audio-visuels ont été enregistrés, transcrits et analysés par nos bénévoles. Ces souvenirs ainsi collectés ont entretemps trouvé le chemin du Musée, non sans avoir été décortiqués en une immense mosaïque de 12.577 séquences, qui furent cataloguées selon 178 thèmes couvrant tous les aspects de la vie et du travail en Afrique. En outre, plus de 400 documents ont été collectés, comportant des souvenirs écrits, des photos et des films.

L’ambition claire et nette était de conserver, à l’intention des générations futures, une image objective de ce que fut réellement la vie de tous les jours sous les tropiques, un travail qui est ainsi mis à la disposition de la recherche scientifique.  Ce travail implique en même temps une tentative  en vue d’amener nos compatriotes à une meilleure compréhension des conditions d’existence spécifiques, des difficultés et des défis que comportaient cette existence et la symbiose de cultures à ce point dissemblables.

L’adage que bon vin ne peut mentir a toujours inspiré notre action. L’époque coloniale appartient désormais à l’histoire, mais ce qui reste est l’engagement, le dur labeur, l’application et le talent dont tant de compatriotes ont fait preuve dans le but d’oeuvrer au développement de ce merveilleux pays où la vie s’était arrêtée depuis 2000 ans et où il restait une tâche immense à accomplir.

N’était-il pas un devoir élémentaire de mettre en lumière, à l’intention de nos générations futures, les réalisations impressionnantes intervenues en peu d’années sous l’administration belge ? Il n’est pas question, à ce propos, de complexe de supériorité, ni de triomphalisme, ni de forfanterie. Au contraire, n’avons-nous aucune peine à constater, rétrospectivement, qu’à côté de tant de brillantes réussites, de précieuses occasions sont restées sans suite utile. Qu’il nous soit permis de regretter aussi que la soif d’émancipation rapide des colonisés n’ait pas été prise en compte plus rapidement.

Enfin et surtout, au fil du temps, il nous est apparu que nos activités ne sont pas purement rétrospectives. Il appert, en effet, que la mise en lumière des apports belges à la société africaine est bénéfique à l’appréciation réciproque des liens culturels qui se sont tissés entre les deux communautés au cours du siècle passé.

Ensemble, nos associations, la francophone comme la néerlandophone, caressent l’espoir de fournir une contribution à une prise de conscience du fait que la présence belge au Congo a été bien plus qu’un bref moment fortuit dans l’histoire de nos deux pays. Quelque modeste que puisse paraître cette contribution à la compréhension de ces liens particuliers, elle constitue un vif encouragement à poursuivre nos efforts.

Guido Bosteels

Président de Afrikagetuigenissen

Revue 30 – Dirk Teuwen entame la lutte contre l’épilepsie dans les pays en voie de développement

Traduction de l’article paru dans la revue

Tiré du magazine TERTIO daté du 26 février 2014

 

Dirk Teuwen entame la lutte contre l’épilepsie dans les pays en voie de développement

“Redonner santé et vie à nos semblables qui sont malades ”

Le médecin Flamand Dirk Teuwen s’attaque, au nom du groupe pharmaceutique UCB, à l’épilepsie dans les régions pauvres, où la stigmatisation de la maladie entraîne l’exclusion sociale. En partageant leur savoir-faire, ces projets redonnent ainsi aux patients non seulement la santé mais aussi une existence digne.
Témoignage d’un baroudeur professionnel passionné, qui puise sa force dans deux sources particulières: sa famille et la foi.

Joris Delporte | Queuing for coffee again? Dans le centre neurologique belge d’UCB à Anderlecht, on semble s’exprimer en anglais. Les nombreux visages aux allures quelque peu exotiques autour du distributeur de café, sont un beau reflet de la diversité au sein de ce groupe pharmaceutique. Avec les quelque 70 nationalités représentées parmi les 9.000 membres du personnel de par le monde, la diversité philosophique est également une réalité. Dans cette mosaïque d’obédiences, Dirk Teuwen, en chrétien convaincu, fait figure de force motrice derrière le programme d’entrepreneuriat éthique. “La foi offre de quoi alimenter les discussions dans une société de cette envergure, surtout lors des déplacements”, constate le médecin. “Et pourtant, mon inspiration religieuse suscite surtout beaucoup d’ouverture. Ainsi, notre patron de Strasbourg m’a récemment accompagné chez les Frères de la Charité à Lubumbashi. Il est intarissable quand il parle de leurs magnifiques laudes. »

Vous êtes Vice-President Corporate Societal Responsibility chez UCB. Quelle est votre tâche derrière ce titre ronflant?
“Je suis responsable de l’entrepreneuriat éthique. Dans le large éventail d’initiatives écologiques et de nature sociale, UCB opte spécifiquement pour les projets qui apportent une aide aux patients atteints d’épilepsie. Nous  mettons notre savoir-faire à la disposition de nos semblables dans les régions pauvres. Des médecins  et infirmiers étrangers reçoivent une formation  leur permettant de  poser un diagnostic précis.  Parallèlement à cette pure transmission de savoir, nous sélectionnons les enseignants qui pourront, par la suite, mobiliser leurs équipes médicales et qui ont des qualités de cœur. Notre philosophie implique que ce soit le médecin qui se rende chez le patient, et non l’inverse.

“La coopération au développement offre encore des possibilités d’une meilleure collaboration.”

D’où vient cette attention pour l’épilepsie ?
“Cette maladie peut heureusement être parfaitement traitée ici. Dans beaucoup de pays en voie de développement, les épileptiques ne sont cependant pas entourés des soins appropriés.  Des ‘médecins de village’ traditionnels se tournent vers des extraits de plantes ou autres envoûtements qui n’atteignent hélas pas leurs objectifs. Sans traitement, le risque de dommages cérébraux permanents est cependant grand. Les parents ou les convives n’osent pas les toucher pendant une crise. Qui plus est, à cause de  la stigmatisation entourant  la maladie, l’exclusion sociale est un spectre fréquent. Les écoles renvoient des enfants par peur d’ensorcellement ou de contagion.  Les adultes ne trouvent pas de travail ni de conjoint, parce qu’ils sont considérés comme possédés par le démon. D’autres se retrouvent même en prison. Grâce à un traitement, nous leur redonnons en plus

Au service des industries automobile et pharmaceutique

Fils de mineur originaire du Limbourg, Dirk     Teuwen(1954) entame des études de géologie à Leuven, après avoir travaillé     d’abord chez Ford Genk. Il satisfait ainsi les attentes de ses parents,     mais il rêve de faire médecine. Il combine pendant un temps les deux     formations. Mais devant l’échec de cette stratégie, il échange son     existence d’étudiant pour aller travailler chez un libraire de Leuven.     «Lorsque la fermeture de Ford Genk a été annoncée, cela ne m’a pas laissé     indifférent ». « Je dois beaucoup à cette entreprise », dit-il. « En     faisant régulièrement des horaires supplémentaires à pauses, j’ai lancé les     bases financières pour ma deuxième carrière universitaire, couronnée de     succès cette fois en médecine. »
Un monde     meilleur

En tant que jeune diplômé avec un passé dans     l’industrie automobile nationale, Teuwen décroche “par hasard” un emploi     dans une autre industrie: celle du monde pharmaceutique.  Des préjugés sur les intentions des     médecins qui s’engagent dans ce secteur, ce père de 4 enfants les trouve     infondés. « Une grande majorité de mes collègues s’avère  être aussi préoccupée de la santé des     patients que le sont les médecins généralistes et les spécialistes. En     restant fidèle à son inspiration, il est parfaitement possible d’œuvrer     pour un monde meilleur dans ce monde concurrentiel des entreprises.” (JD)

Braambos se rend dans les pas de Dirk     Teuwen chez les patients épileptiques et les Frères de la
Charité au Congo. Vous verrez ce     reportage de voyage spirituel dimanche sur Eén à 9h30.
La rediffusion sur Canvas     commence aux alentours de 00h50.

de la santé, une vie digne de ce nom.”

Cette problématique requière-t-elle aussi  une approche préventive?
“Absolument. Chez les enfants congolais atteints d’épilepsie, un accouchement difficile semblerait en être la raison principale pour un enfant sur cinq. Chez deux autres enfants sur cinq, ce sont des maladies infectieuses insuffisamment traitées ou évitées. Faites l’addition, et vous arriverez à la conclusion amère d’un problème qui peut être évité simplement avec de meilleurs soins de santé.”

Comment menez-vous concrètement la lutte contre cette maladie ?
“Notre terrain d’action se situe entre autres au Congo et au Rwanda. Nous collaborons sciemment avec des partenaires. Ainsi, nous allions nos forces à celles des Frères de la Charité à Lubumbashi et à Kigali. Leur infrastructure est excellente et ils ont des collaborateurs motivés. Nous optons aussi  explicitement pour un engagement durable. Un enfant congolais de 3 ans chez qui on diagnostique l’épilepsie, mérite un traitement long. C’est un droit auquel nous nous engageons absolument, si nécessaire ad vitam. Pour garantir ces soins dans le temps, nous soutenons des institutions étrangères, pour qu’elles soient autonomes à relativement court terme. Nous investissons à cet effet dans des structures et un planning financier. C’est une jeune collègue indonésienne qui s’y consacre. Le samedi, elle assiste à distance les Frères de la Charité avec la comptabilité et les tableaux de calcul. Elle le fait volontairement et gratuitement. Elle est l’exemple vivant de la manière dont des projets d’entrepreneuriat éthique se répandent parfois comme une tâche d’huile au sein d’une entreprise.”

Est-ce que ces projets de développement sont  « lucratifs » ?
« Je n’utilise pas ces termes. Des partenaires soutenus par UCB ne font pas de bénéfices. Mais ils tournent en l’équilibre financier et réinvestissent les résultats limités. Des faibles paiements que peuvent se permettre les patients, à peu près un dixième est sensé financer notamment les formations des médecins, et acheter du matériel administratif et médical. Pour des institutions, c’est la seule façon de devenir autonome. Une approche d’émancipation plutôt qu’une pure charité. Bien trop souvent, des projets caritatifs soutiennent la population africaine pendant un temps, et ensuite disparaissent sans donner de nouvelles.  C’est ce qu’on appelle le colonialisme moderne,  qui n’apporte rien à la population ».

Est-ce que, par extension, cette critique est valable pour tout le secteur du développement?
“Les acteurs dans ce secteur ne collaborent pas encore suffisamment. Les initiatives sont nombreuses, et toutes sont certainement très nobles. Et  pourtant, mon évaluation globale consiste à dire que beaucoup d’ONG passent à côté des opportunités.  Sur base de leurs convictions et leur propre cadre de référence, les coopérateurs au développement déploient des initiatives à toute petite échelle dans leur coin. Une concertation peut déboucher sur une vision et sur la confiance pour asseoir les initiatives sur de bonnes bases. »

Est-ce que certains acteurs du vaste terrain de coopération au développement vous regardent parfois avec méfiance?
“Malheureusement, oui. Lorsque je fais une proposition au nom d’UCB, certains s’attendent à ce que nous ayons automatiquement un but lucratif dans le projet. Ce qui n’est pas du tout le cas. Le médicament contre l’épilepsie n’est même pas mis sur le marché par nous dans ces pays, ou encore il est générique. La perception négative de l’industrie pharmaceutique est difficile à changer. Les préjugés sur notre secteur sont aussi injustes que coriaces » (voir encadré).

Vu toute la stigmatisation, les Congolais ne classent pas toujours l’épilepsie parmi les maladies neurologiques ; de ce fait, les patients se retrouvent indûment en psychiatrie. Quels sont, selon vous, les besoins de ce sous-secteur des soins de santé ?
“Les soins de santé mentale restent un terrain plutôt en friche ou inexploité dans notre ancienne colonie. L’accès à un diagnostic différencié s’avère extrêmement difficile. Les Frères de la Charité sont les seuls à apporter un soutien de facto aux patients psychiatriques. Mais à côté des soins de santé mentale, il y a un tas d’autres besoins, dont des draps, des matelas et même des ustensiles de cuisine. De plus, les médicaments sont très chers, étant donné que le stockage et le transport représentent un coût important ».

“Le médecin doit se rendre chez le patient, pas l’inverse.”

 UCB prodigue des soins aux patients épileptiques chinois. Est-ce que cette nation émergeante est encore dépendante d’une telle aide ?
“La réalité derrière ce miracle de croissance est plus complexe qu’il n’y parait dans la presse. Est-ce que nous ne nous aveuglons pas trop devant les gratte-ciel étincelants qui dominent la ligne d’horizon de Shanghai ou de Pekin ? Dans les quartiers populaires, les villages éloignés des villes, et dans les régions autonomes où habitent des minorités, la situation est bien moins rose. Spécifiquement pour ce qui est de l’épilepsie,  cette dualité de la société chinoise signifie que 90% des 10 millions de patients concernés ne reçoivent pas de traitement approprié. Tout comme en Afrique, la république populaire entretient aussi des préjugés sur cette maladie. Cela explique en partie que les plans quinquennaux n’ont jamais accordé d’attention au traitement de ces patients.  Un changement se dessine tout doucement, depuis que des chercheurs ont prouvé l’importance des dégâts économiques causés par leur exclusion. »

Quel projet avez-vous monté en Chine?
“Là aussi, nous mettons l’accent sur la formation. Dans les régions autonomes, les médecins de village ont souvent reçu une formation accélérée en tant qu’infirmiers ou infirmières. Leurs connaissances médicales présentent donc des lacunes. C’est pourquoi nous proposons à ces médecins des provinces de Xinjiang et Xizang une formation intensive de deux semaines, suivie d’une étude complémentaire à domicile.”

Est-ce que, vous, personnellement, l’être humain derrière la maladie vous inspire?
“Bien sûr. J’ai, par exemple, été très touché par l’histoire d’une femme congolaise. Malgré tous ses talents et un diplôme attrayant, elle ne trouve pas de travail dans sa petite ville minière près de la frontière zambienne. Elle doit se débrouiller avec des béquilles à cause de sa polio, et pour comble de malheur, l’école renvoie sa nièce après une première crise d’épilepsie, par peur d’une contagion. Pendant la messe, elle apprend qu’une unité mobile des Frères de la Charité vient dans le dispensaire local. Le traitement ne se fait pas attendre, et l’enfant ne présente plus de symptômes aujourd’hui. La guérison de sa nièce inspire cette dame pour remplir un rôle d’ambassadrice, et elle se met à parcourir la cité pour lever les préjugés sur cette maladie. En même temps, elle a déjà incité plusieurs autres petits patients à se rendre à la consultation.  Un témoignage profondément humain, de surcroît avec une inspiration résolument chrétienne. ”

“La force de notre conviction se cache résolument dans le témoignage.”

“Nous préférons partager la connaissance plutôt que de faire du caritatif pur », raconte Dirk Teuwen (dr). © braambos

Comment la foi inspire-t-elle vos engagements?
“Pendant un séjour à Kinshasa, je participe systématiquement aux laudes, les prières de l’aurore, chez les Frères de la Charité. Grâce à ce moment matinal d’intériorisation, j’entame bien ma journée. Dans  d’autres lieux, je trouve un moment de méditation avec mon livret de psaumes qui m’accompagne partout. Il m’est déjà arrivé de fêter l’Eucharistie dans les lieux les plus inattendus. C’est ainsi que j’ai été amené à la messe à Téhéran, grâce à un contact cordial avec le Ministre de la Santé de l’époque, juste après la révolution iranienne. Une illustration de l’accueil tolérant et ouvert qui est réservé aux chrétiens lorsqu’ils répandent leurs convictions humblement mais avec sincérité. La force de notre foi se cache résolument dans notre témoignage. ”

Est-ce que votre famille représente aussi une source de force?
“Mon épouse et mes enfants soutiennent inconditionnellement mes initiatives. Leur soutien est indispensable, surtout à cause de mes absences nombreuses, imprévisibles et de longue durée.”

Votre première épouse est décédée des suites d’une longue maladie. Est-ce que dans ce chemin de souffrance vous ne vous êtes jamais écarté de la voie de la foi ?
“Feu Herman Servotte (voir Tertio n° 728 du 22/01) nous a aidés à l’époque à rester dans le droit chemin.  Grâce à des entretiens profonds avec ce prêtre-professeur, notre foi n’a fait que s’ancrer plus profondément pendant les moments de crise personnels.  L’Evangile de Luc et la parabole du fils prodigue nous ont apporté une consolation à mon épouse et moi-même. Il est évident que la perte de son épouse amène des moments de grand doute. Mais je sais que notre au-revoir  ne constitue pas un point final. Elle est partie pour une autre destination, mais je ne doute pas un instant de son arrivée à bon port.”

“La foi  ne fait que s’ancrer plus profondément pendant les moments de crise personnels.”

Vous participez à des vacances en famille pour croyants à Chandolin. Quelles nourritures spirituelles trouvez-vous dans les montagnes suisses ?
 “Cette initiative de l’évêché de Gand donne une paix, une confiance, et la force de continuer son chemin. Je trouve leur offre de formation et de réflexion d’une qualité particulièrement élevée, avec entre autres des interventions du théologien de pastorale Marc Steen. La  solidarité entre les participants est particulièrement forte aussi. Une de mes filles, par exemple, a pu franchir une montagne malgré un problème orthopédique, grâce à des jeunes de son âge qui l’ont poussée jusqu’en haut.  La garde des enfants est taillée sur mesure, et leur accompagnement est franchement exceptionnel. Personnellement, je vis tous les contacts avec des compagnons de foi engagés, comme très rafraîchissants.  Mes tâches quotidiennes  évoquent l’étonnement dans certains milieux, mais à Chandolin, tout le monde trouve un tel engagement absolument normal.”

 

Revue 30 – Rhodes, invitation à une réunion de MdC

Traduction de l’article paru dans la revue

L’ASBL « Mémoires du Congo » a été créée en 2002 dans le but de contribuer à une connaissance objective de la présence belge en Afrique centrale (Congo, Ruanda-Urundi).

A cette fin, elle s’efforce notamment

– de collecter, préserver et exploiter tout document et témoignage relatifs à cette présence et, entre autres, l’enregistrement de l’histoire orale de la colonisation.

– de promouvoir l’analyse impartiale et rigoureusement scientifique de la période coloniale ;

– de publier et diffuser tout document relatif à celle-ci ;

-de collaborer à la préservation de l’expertise africaine de la Belgique.

L’Association veut contribuer à une connaissance objective de la colonisation belge (histoire politique, sociale, économique, culturelle, scientifique…).

L’ASBL « MEMOIRES DU CONGO » représentée par Monsieur Paul Vannès, administrateur-délégué, et Dimitri Yannakis,

en collaboration avec le SILOGOS ELINON KONGO (SIMBA) représenté par Mentos Zoannou – Président et la Banque ING LUXEMBOURG représentée par Francis Mertens.

a le plaisir de vous inviter

A Rhodes

 Le samedi 26 avril à 16 heures

 A l’hôtel Best Western Plaza Hotel

À la projection

 – du film documentaire “Réalités congolaises“ de Robert Bodson.

– d’extraits d’enregistrements audio-visuels de témoignages de coloniaux belges, grecs

   suivis d’un témoignage congolais.

– d’extraits documentaires et d’autres archives visuelles.

Voudriez-vous bien confirmer votre participation en téléphonant  à Chrisafina Platis au 697-586 38 01 ou à D. Yannakis au  698-255 22 45 ou par e-mail dimitri.yannakis@gmail.com.

Nous serions très honorés de votre présence.

Revue 29 – Roasio raconte la vie au Congo

Traduction de l’article paru dans la revue

Quatorze intervieuws  de personnes ayant vécu pendant des années dans le centre de l’Afrique.

L’initiative provient d’une association belge en collaboration avec le Musée de l’émigrant de Roasio.

 ROASIO (mcd) Quatorze témoignages par l’association belge « Mémoires du Congo et du Rwanda-Urundi » ont été entamés à ce jour,  avec la collaboration du Musée de l’émigrant de Roasio sur la vie des émigrés en Afrique Centrale.

Au terme de ce travail, une cinquantaine de témoignages documentés, dignes de foi et filmés, relatant la vie des émigrants du Biellese et du Vercellese seront réalisés. « L’association a parmi ses objectifs, celui de récolter, préserver et diffuser les documents et les témoignages de la présence belge dans l’Afrique Centrale à travers les interviews de témoins de cette présence, – explique Jean-Pierre Bianchina, secrétaire de l’association en Italie – en collaboration avec le Musée Royal d’Afrique Centrale et l’Université d’Histoire de Bruxelles.

Pour recueillir les témoignages de la présence italienne au Congo Belge, est née la collaboration avec le Musée de l’émigrant : « en Belgique nous avons filmé 300 interviews.

En Italie, nous avons commencé par les provinces de Biella et de Vercelli qui comptent plusieurs villages d’émigration comme Roasio, Masserano et Brusnengo. Nous nous occuperons ensuite d’autres régions comme la Lombardie et le Veneto », continue J-P Bianchina. Les premiers quatorze interviews sont un premier pas pour nous connaître et comprendre comment organiser les enregistrements video futurs. Les personnes interviewées ont plus de quarante ans mais il y a aussi une grand-mère de 86 ans et une de 96 qui se rappellent parfaitement. « Elles sont très collaboratives, enthousiastes et ont envie de laisser des souvenirs concrets de leur vie à leurs petits-enfants.»

Les enregistrements se font sur Dvd, émaillés de photos et documents , de façon à attirer les jeunes générations peu sensibles au « papier ». « Avec ce travail, nous voulons donner un autre visage, avec des témoignages prouvés, de ce qui s’est relaté jusqu’à aujourd’hui dans les livres,», précise J-P Bianchina.

De cette façon, les personnes interviewées racontent leur vie passée au Congo, les raisons de leur migration, les péripéties vécues, leur travail, la vie religieuse et sociale, les loisirs et aussi leur retour dans notre patrie. Les interviews se font en français et une copie restera au Musée de l’émigrant mais l’intention est de répéter les interviews aussi en italien » conclut J-P Bianchina.

 

Voici la liste des 14 personnes interviewées :

Claudio Noca, Giovanni Peuto, Massimo Uglietti, Rita Ceschino, Piero Tosetti, François Guabello, Giovanni Oliaro, Vittorio Marucchi Chierro, Alessandra Marucchi Chierro, Gianna Bianchina, Lorena Morezzi, Patrizia Quaglia, Emiliana Faccio.

Les intervieus sont réalisés par l’administrateur délégué de « Mémoires du Congo et du Rwanda-Urundi », Paul Vannès en collaboration avec Marie-Andrée Chantrain et Jean-Pierre Bianchina.

Les initiatives avec le Musée de l’émigrant se poursuivront par une « soirée-rencontre » des rescapés du Congo, probablement fin octobre au musée et agrémentée par un repas typiquement congolais (moambe) dans un lieu encore à définir;

 

 

Revue 29 – En souvenir de Cyriel Van Meel.

Traduction de l’article paru dans la revue

S’il y a jamais eu un colonial hors du commun, c’est bien la figure de notre regretté ami Cyriel Van Meel qui doit nous venir à l’esprit. On serait tenté de croire qu’il était prédestiné à vivre en Afrique. Même bien plus qu’en Afrique car après ses années au Congo il a su se créer une existence d’explorateur qui allait le conduire jusqu’aux extrémités du globe.

 Cyriel était un homme aux talents multiples : clairvoyant et énergique, il avait tout autant des dons d’artiste et d’organisateur, en même temps que sur le plan intellectuel rien ne le laissait indifférent, même pas le cosmos.  Pour autant, loin de s’adonner à un vain dilettantisme, il avait une vive notion des grandes valeurs qui marquent notre existence, où la nature jouait pour lui un rôle primordial.

Dès son jeune âge, son indomptable vitalité devait l’inciter à s’orienter vers des horizons lointains : il ne fallait donc pas s’étonner, au milieu du siècle dernier, que le Congo Belge  ait suscité  en lui un vif intérêt. Sa confrontation avec l’immensité de la nature congolaise et le mystère de l’homme africain allaient avoir sur lui un impact décisif pour le reste de son existence. Fin esprit comme il était, il réussit à se familiariser intelligemment avec l’âme bantoue et à nouer avec ce monde de réelles relations de confiance.

Suscitant l’étonnement général, il renonça très vite à sa première affectation, à savoir le service d’Hygiène de l’OTRACO (l’Office des Transports publics au Congo) à Léopoldville, car il n’y avait pas découvert toute l’authenticité africaine à laquelle il aspirait. Non, il préférait de loin s’immerger dans l’immensité des forêts vierges du Kasaï où, notamment, il eut aussitôt l’occasion de se familiariser avec la vie des Pygmées et des Pygmoïdes.

Quelque temps après, il est appelé à assurer le service médical au sein d’une expédition chargée d’engager une lutte désespérée contre la plaie des jacinthes d’eau qui menaçait d’entraver sérieusement la navigation sur le fleuve Congo : voilà le départ d’une nouvelle vie, âpre et pleine d’aventures, sur une flottille de vieux bateaux de rivière. Et cependant : « nonobstant la chaleur torride, la transpiration, les moisissures, la puanteur, les moustiques, la malaria, les dépressions, les morsures de serpents et même les noyades, je considère cette période de ma vie comme une expérience extrême de liberté et de communion avec la nature », écrira-t-il plus tard dans le livre qu’il a consacré à cette aventure. Sous le titre « Congo ya sika », cet ouvrage a été publié en version néerlandaise et française.

Lors de son deuxième terme, Cyriel se voit désigné pour une mission chez les fameux Bayaka du Kwango, cette fois dans le cadre du FOREAMI (le Fonds Reine Elisabeth pour l’Assistance médicale au Congo). Dans le cadre de la lutte contre les maladies endémiques, il a la charge des recensements médicaux et obtient en peu de temps la confiance des chefs indigènes et des féticheurs, qui n’hésitent pas à l’initier à leurs secrets et leurs histoires. Il vit intensément et intimement ce nouvel environnement auquel il va bientôt consacrer un deuxième livre.

Hélas, la fièvre indépendantiste viendra malencontreusement brouiller les cartes. Peu de jours après le 30 juin 1960, Cyriel est confronté à de gros problèmes à la suite d’une mutinerie du détachement local de la Force publique, ce qui va l’obliger à prendre le chemin vers l’Angola.  Après un épouvantable voyage de plusieurs jours par des routes à peine carrossables, il finit par atteindre Luanda. Une traversée maritime, dans un état d’esprit qui se devine, consacre la fin de ce beau rêve africain.

Mais pas de courage perdu pour autant !   Sans défaillir et plein d’énergie, Cyriel réussira à se bâtir bien vite une nouvelle existence.  Inventif, entreprenant et même intrépide comme il est, il s’ingénie à organiser des voyages au long cours qui vont le conduire aux quatre coins du globe : le Kenya, le Canada, les Pôles Nord et Sud, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, la Laponie, le Kilimandjaro, etc. etc. mais il y avait aussi et surtout Hawaï (Molokaï) car pour un digne citoyen de Tremelo comme Cyriel Van Meel,  il n’aurait pas été imaginable d’oublier le Père Damien.

Mais nonobstant toutes ces activités, le Congo ne s’efface pas de son esprit : il y retournera à deux reprises, la dernière fois même en atteignant son dernier poste : Popokabaka, où il a la chance de retrouver plusieurs anciens fidèles parmi son personnel de jadis. L’étonnement, l’émotion et les embrassades se devinent et les souvenirs du « bon vieux temps » foisonnent. Mais il n’y aura plus de troisième voyage car trop d’ombres sont venues assombrir l’image qu’il avait gardée du ‘temps des Belges’. Il doit constater que la faune aussi a fort souffert du cours des événements. Le symbole qu’il choisit comme interprète de cette hécatombe est le bolikoko, cet oiseau mythique à ses yeux, dont il ne percevra plus le cri si caractéristique. Il trouvera à exprimer parfaitement les sentiments qui l’animent à ce propos dans son deuxième livre qui est présenté en version française sous le titre : « Depuis, le bolikoko s’est tu ».

Entretemps, il est entré en contact avec l’association « Mémoires du Congo » qui venait d’être créée. Il y prend en charge l’enregistrement d’une longue série de témoignages d’anciens d’Afrique néerlandophones. Mais dès lors qu’il s’avère préférable de mettre en place – de commun accord – une structure distincte pour ce qui concerne sa propre communauté linguistique, il joue un rôle moteur comme cofondateur du mouvement « Afrikagetuigenissen », le spin-off de l’association-mère.

Contribuer à la défense de l’honneur et des intérêts de ceux qui se sont engagés pour le bien-être des populations congolaises et pour le progrès, demeure tout sauf un vain mot pour lui.  Jusqu’à la fin de sa vie, il restera plein d’ardeur pour sauvegarder les souvenirs de ce qui est si généralement considéré comme  « les plus belles années de ma vie ».  Et même dans ses derniers jours, alors qu’il sentait ses forces décliner, il avait encore la tête pleine de plusieurs projets qui lui tenaient à cœur.

Son exemple rayonnant n’est pas près de s’effacer de nos mémoires.

Guido Bosteels