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Revue 39 – Deux docteurs Honoris Causa au Congo

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 39.

Afrikagetuigenissen

Notre association est particulièrement fière de compter parmi ses membres deux docteurs honoris causa. Ce grand honneur a été décerné respectivement par les universités de Kinshasa et de Lubumbashi.

Nous nous réjouissons particulièrement du fait que cette distinction prouve l’assistance scientifique continue de la part de notre pays au Congo, celle-ci est de cette façon merveilleusement illustrée.

Chronologiquement nous citerons en premier la promotion du professeur émérite Fons Verdonck ( Faculté de Médecine ), président de l’association Ontwikkelingshulp Geneesheren en Apothekers Alumni Leuven. Cette promotion a été attribuée par Unikin, l’université de Kinshasa.

L’association sus-nommée est de cette façon honorée et remerciée pour les efforts continus qu’elle fournit pour mettre en contact les doctorants congolais avec des directeurs de thèse de Louvain. Elle soutient également leurs travaux de recherches de manière financière.

Pratiquement tous les doctorants congolais sortis de promotion ces trois dernières années et ceux qui préparent encore leur doctorat ont été soutenus par l’association Alumni : bourses d’études, logements, financements de leurs travaux de recherche à Kinshasa, appoints à des bourses existantes, participations à des congrès etc. Cette aide peut également s’étendre à une phase post-doctorale, ceci afin d’éviter l’arrêt de l’œuvre de recherche, ce qui pourrait engendrer une rupture de générations.

Grâce à la collaboration des scientifiques de Louvain, en concordance avec le soutien de l’Alumni, 14 titres de docteur ont pu être décernés depuis 2012.

De concert avec la nomination du professeur Verdonck, le professeur Patrick De Mol, microbiologiste de l’université de Liège fut également honoré d’un titre Honoris Causa.

A l’université de Lubumbashi( l’UNILU ), un même honneur fut décerné à un autre de nos membres, Le Père Léon Verbeek, historien de l’ordre des salésiens.

Cet intellectuel pluraliste, entretemps âgé de 82 ans, fut entre autres également professeur de Droit Religieux à l’institut théologique salésien. En plus de son écriture de l’histoire de l’œuvre des Salésiens en Afrique centrale, il est surtout connu pour son travail de recherches ethnographiques considérable dans les régions où les Salésiens sont actifs. Dû à l’absence d’écritures, ce travail de recherche est essentiellement basé sur la tradition orale. Les résultats de son travail ont été édités dans une littérature scientifique abondante. Ce qui a particulièrement réjoui le Père Verbeek est la reconnaissance de la population pour son œuvre propre et celle de ses collaborateurs. Celle-ci a bien mis en évidence la valeur de la culture de la population rurale. Malgré son âge, Père Léon ne pense pas encore au repos. La réalisation d’une photothèque digitale est en cours.

Nous avons bien évidemment félicité vivement les lauréats.

                                                                      Guido Bosteels

Légende des deux photos:

  • Prof. Verdonck sur les marches de l’UNIKIN ( première rangée à gauche ). Son collègue liégeois, prof. De Mol ( première rangée à droite ).
  • Remerciements au Père Léon Verbeek par l’Université de Lubumbashi.

Revue 38 – En balade à Matadi ?

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 38.

Matadi ! Quel son magnifique à nos oreilles. Fait de rythme, de joie, et baigné de soleil tropical. Matadi qui fait surgir dans le cœur de beaucoup d’anciens coloniaux des souvenirs empreints d’un peu de mélancolie….

Ah, que ne donnerait-on pour pouvoir flâner à nouveau dans cette ville portuaire pittoresque. Elle présentait il y a bien longtemps l’accès à « Un pays grand comme le monde où ton drapeau est planté » (traduit du titre d’un livre de Jan Neckers ).

Un pays qui représentait la terre promise aux yeux de beaucoup de jeunes pour la plupart idéalistes animés de la volonté de s’y construire un avenir, et ambitionnant d’améliorer les conditions de vie des populations indigènes.

Bien que Matadi soit située à 137 km de l’Océan Atlantique, elle est le plus grand port marin du pays. Elle était, et est encore le point de départ de la célèbre voie de chemin de fer Matadi-Kinshasa. Quel voyageur n’est jamais sorti couvert de suie du beau train blanc ?

Matadi ! Un rêve révolu ?

Non. A Heverlee-Leuven vous pouvez la retrouver aujourd’hui encore. On y rencontre la cité-jardin Matadi. Il fait bon y vivre et se balader. C’est ce qu’affirment les membres du comité Matadi. Ceux-ci insufflent une nouvelle vie à ce quartier vert.

La cité-jardin est, aux dires de ce comité, « une nécessité des années 1920 ». L’idée maîtresse de sa création est liée à une double évolution. D’une part on a voulu, lors de la reconstruction après la première guerre mondiale, retrouver le décor d’avant-guerre. D’autre part une nouvelle mesure venait compléter la volonté de réparer les dégâts en planifiant la création d’une société nationale pour des habitations à coût réduit, «  De Nationale Maatschappij voor Goedkope Woningen ». Le but était d’augmenter l’offre de maisons ouvrières sans devoir faire appel aux sociétés privées. A cet effet fut donc créée à Louvain la société « De Goede Haard ».

Ce nouvel environnement habitable se devait d’être de haut niveau qualitatif. Le terrain « Perkveld » fut acquis en 1922 pour le prix de 4.50 F le mètre carré. Les maisons y fleurirent à foison. Sur une période de onze mois on y édifia 105 maisons clé sur porte !

Au départ la dénomination MATADI avait une connotation ironique. Les volets, peints en vert, blanc et rouge rappelaient à la population l’aspect de cités dans la colonie africaine (pour des raisons de coût d’entretien, les volets furent démontés par la suite).

Il y avait également d’autres points de similitude avec la grande ville portuaire située sous l’équateur. Dans les deux cas des maisons jaillirent comme des champignons dans une région de collines à l’état sauvage. « Matadi » signifie « pierre » en Kikongo, la langue locale.

Aujourd’hui les habitants sont fiers de la dénomination «  MATADI » : elle réfère à des quartiers d’habitation calmes et agréables, situés au vert et comportant de nombreuses belles maisons à deux pas du centre de la ville de Louvain.

Bonne balade à Matadi !

Daisy Ver Boven

Revue 37 – Election de Miss… en Noir et Blanc

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 37.

Cela se passe dans l’agitation des années 1958, 1959 et début 1960, au temps où le Congo Belge courait vers l’indépendance à une vitesse vertigineuse.
Le Roi Baudouin avait beau dire : “Nous allons vers l’indépendance sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée” sic.
Et à cette même époque un ministre clairvoyant (si, si, cela existe) avait eu ce cri du cœur : “Je ne sais pas où nous allons, mais je sais que nous y allons vite…”.

Il est vrai qu’il s’agissait d’une période très mouvementée ! L’un après l’autre les pays africains accédaient à l’indépendance.
Il y avait eu l’Exposition Universelle de Bruxelles, où de futurs politiciens congolais faisaient connaissance avec des politiciens belges, avec les suites qu’on connaît.
Il y avait eu la révolte de janvier 1959.
Le Plan Van Bilsen suscitait les commentaires : trente ans ? Ce type est fou ! Il faudrait au moins cent ans. Les partis politiques poussaient comme des champignons. Qu’en penser ? Le doute et le malaise étaient palpables chez beaucoup d’habitants de la colonie.

Comment remédier à un tel désarroi ?

De tous temps les gouvernements ont utilisé une recette infaillible : souvenez-vous des Romains, “panem et circenses”, du pain et des jeux.
Du pain il n’en manquait pas à l’époque du Congo Belge.
Personne ne mourait de faim en ces temps-là. Le demi-million d’habitants que comptait la capitale à ce moment (il semblerait qu’il y en ait six millions aujourd’hui !), mangeait tous les jours à sa faim.

Donc une seule alternative : des Jeux !

Les “Spectacles Populaires” ont alors vu le jour. Des orchestres européens, des chanteurs, des artistes de cirque, des marionnettistes, des équipes de cinéma et autres amuseurs furent invités.
Ils sillonnaient les routes (très praticables à l’époque) pour atteindre villes et villages.
Des villageois, qui n’avaient encore jamais vu de films, firent la connaissance de Charlie Chaplin.
On put se rendre compte, une fois de plus, que l’art de ce dernier est universel.
Les hommes, les femmes et les enfants se tordaient de rire, se donnaient des coups de coude entendus, et jetaient des pierres à l’écran lorsque le-gros-à-la-barbe cherchait noise à leur Charlot.

“Les Spectacles Populaires” connurent un énorme succès à Léopoldville.

Des firmes et associations organisaient des concours et des programmes de jeux. Des prix fort appréciés étaient mis en jeux. Venenum in cauda : l’heureux gagnant devait en conclusion prononcer la phrase diabolique :

“Merci Spectacles Populaires”.

Même une langue francophone pourrait trébucher sur une telle phrase.
Le public jubilait. Hurlant de rire il écoutait la malheureuse victime s’essayer pour la dixième fois au remerciement imposé. Cette dernière n’en prenait pas ombrage et, bien au contraire, savourait son succès. Les noirs sont rieurs de nature. Et n’était-on pas venu pour s’amuser ?

On ne se souvient plus guère de la personne qui a eu l’idée d’organiser une élection de “Miss”.

On n’oubliera cependant pas que de jolies filles aux jambes longues et fuselées débarquèrent d’Europe pour venir fraterniser avec les beautés locales. On voulait montrer à quel point on peut être incroyablement attirantes, drapées dans un pagne ou un wax.

En revanche, les Eve noires défilaient sur le catwalk en tenue européenne, cheveux lisses, hauts talons (aïe, ma cheville), et autres accessoires adéquats, croulant sous les applaudissements.

Plus d’un demi-siècle plus tard on se souvient avec émotion de ces reines de beauté noires aux noms charmants tels que “Canne à sucre”, “Bambou”, “Amour-Amour”, “Oui Fifi” et autres “Fleur de Savane”.

Notre ex-colonie vit, plus que jamais, des temps difficiles.
Les Jeux n’ont plus la priorité et la lutte pour le pain quotidien prime.
“Les choses ne peuvent que s’améliorer” disait un optimiste. Il parlait bien sûr, des prévisions météo.

Espérons que le beau temps revienne pour notre Congo tant aimé.

Daisy Ver Boven

Revue 36 – La réunion annuelle de Afrikagetuigenissen

Traduction de l’article paru en néerlandais dans la revue 36.

Du fait d’un concours de circonstances, la réunion annuelle de Afrikagetuigenissen n’a pu avoir lieu cette année que le 8 octobre.

Comme d’habitude, la session s’est ouverte par une commémoration aux membres décédés, parmi lesquels le magistrat honoraire Willy Mertens, l’artiste Marcel Schuer et madame Molly Fonteyn. Cette dernière était un de nos rares membres dont on sait avec certitude qu’elle était née au Congo (en fait en 1927 à Matadi où son père était en poste aux activités portuaires).

Les membres présents ont pris connaissance du rapport annuel. Bien que notre association ait brillamment atteint les objectifs fixés, entre autres par la réalisation, le traitement, l’analyse et l’enregistrement de 300 interviews, il nous reste pas mal de pain sur la planche : diverses publications sont encore en chantier.  Nous participons également assidûment aux activités du réseau des associations en rapport avec l’Afrique (KBUOL/UROME). En collaboration avec cette dernière et notre organisation-sœur “Mémoires du Congo”, nous préparons un film important à propos de notre passé congolais commun. Nous prêtons également main forte à “België-Congo verbroederd”, l’association qui s’emploie à maintenir dans la mémoire les événements tragiques de 1964.

Les comptes de l’année écoulée et le budget pour l’année à venir ont été approuvés sans réserve. L’assemblée a également délivré acquittement à la direction et au commissaire aux comptes Paul Lelièvre-Damit.
(Tous les rapports peuvent être expédiés aux membres intéressés).

Nous sommes très heureux d’accueillir à cette occasion un nouveau membre du comité de direction en la personne de Jos Ver Boven. Nous lui sommes reconnaissants de se proposer à venir renforcer notre équipe.  Son nom ne nous est pas étranger : il est en effet le fils de Daisy Ver Boven, la romancière et journaliste bien connue.  Nous nous réjouissons de constater qu’il y ait également des jeunes à qui peut s’appliquer le titre d’un roman de Daisy, “La terre rouge qui leur colle au cœur” (traduction de “De rode aarde die aan onze harten kleeft”).

Lors de cette réunion, nous avons également pu entendre le père Ward Costermans, dominicain et ancien missionnaire. Il est à l’origine de la parution du livre important “Vergeten martelaars ?” (“Martyrs oubliés ?”) écrit par Dries Vanysacker, professeur à la KU Leuven.  Le titre du livre qui intervient plus de cinquante ans après les événements tragiques ne ment pas.  Il était plus que temps d’écrire l’histoire de ces faits inavouables qui se sont produits surtout dans le Nord-Est du Congo. 156 religieux et religieuses catholiques, 29 religieux et religieuses protestants, un nombre inconnu de laïcs et des milliers de Congolais y furent assassinés de manière abominable.  Nous ne pouvons nous résoudre à feindre l’indifférence, comme le font beaucoup de nos compatriotes, à l’égard de ces “vergeten martelaars” .  Nous continuerons à nous investir pour honorer la  mémoire de ces innocentes victimes, celles que l’on avait autrefois dénommées “les meilleurs parmi nos frères”.

Pour conclure cette réunion, nous avons pu entendre une excellente causerie de la part de notre président, Guido Bosteels, à propos de ses souvenirs lors du tournage du film “A Nun’s story”, (“Au risque de se perdre” en version française).  Ce film fut tourné à Stanleyville en janvier-février 1958.

Guido Bosteels.
Traducteur Jos Ver Boven.

Revue 35 – Mgr. Joseph Wittebols et les martyrs de Wamba

Traduction de l’article paru dans la revue en néerlandais

Nous rendons hommage à la mémoire d’un missionnaire extraordinaire, l’évêque de Wamba (Haut-Uele), Joseph Wittebols, qui, en même temps que 35 autres victimes, fut assassiné dans d’horribles conditions, le 26 novembre 1964, lors de la révolte des Simbas.

‘Jefke’ Wittebols avait grandi comme un vrai ‘ketje’ bruxellois et il le resta toute sa vie.  Même revêtu de la dignité épiscopale, il conserva son style spécifique, direct et sans ambages, mélangeant gentiment le français et un dialecte bruxellois français-flamand.

Joseph Wittebols s’était révélé un étudiant hors ligne qui s’était fait remarquer, d’abord au cours de ses études moyennes et ensuite lors de sa formation religieuse.  Ses condisciples se souviennent de lui comme d’un humoriste né, qui se devait de monter sur scène à chaque festivité.  Il suffisait qu’il entre en scène pour que son regard faussement timide, derrière ses grosses lunettes, suscitât des éclats de rires.  Doué d’une belle voix de basse, il connaissait un grand nombre de joyeuses chansons bruxelloises.

Consacré prêtre à Louvain en 1937, il s’embarqua en automne 1938 à Anvers pour l’Afrique.

Arrivé à Stanleyville, l’archevêque de l’époque, Mgr. Verfaillie, chargea aussitôt Joseph Wittebols de créer une nouvelle école pour enfants européens.  Devenu directeur de ce ‘Collège du Sacré Cœur’, il y enseigna lui-même et devint aumônier d’une troupe de scouts. L’école connut un vif succès, son importance grandissant encore en 1940, lorsqu’il devint impossible de faire enseigner les jeunes en Belgique.

Evêque de Wamba 

La mission des Pères du Sacré Cœur ne cessant de croître, l’étendue du champ d’action (6,5 fois la superficie de la Belgique) rendit nécessaire, en 1949, la scission de cette mission en deux parties. C’est ainsi que Joseph Wittebols devint le premier vicaire apostolique du nouveau vicariat de Wamba, dans le Haut-Uele.  En 1949, à Bruxelles, le cardinal Van Roey le consacra évêque.

Il fallait travailler dur dans ce vicariat, qui fut élevé au rang de diocèse par le pape Jean XXIII.   Mgr. Wittebols sut créer des attaches solides avec ses missionnaires.  Au moins quatre fois par an, il tenait à visiter chaque poste missionnaire et il entretenait une correspondance abondante avec eux.  Sa jovialité et sa bonne humeur,  héritées de sa jeunesse, étaient légendaires.  Il s’érigea en gestionnaire capable d’encourager les gens et d’inspirer la confiance.  A son arrivée à Wamba, ce n’est qu’à un seul endroit, à Bafwabaka, que des religieuses étaient actives, mais il y en avait déjà dix en 1964 et  deux couvents étaient en voie d’être créés. En 1956, l’évêque ouvrit une école normale à Avakubi et un an plus tard un petit séminaire pour candidats-prêtres à Lingondo, qui compta soixante-trois séminaristes en 1963.

Mgr. Wittebols se préoccupait également des soins médicaux.  A Bayenga, il procéda à la reprise d’un hôpital qui avait appartenu à une société minière. Toutefois, la situation étant devenue instable après l’indépendance du Congo, il devint difficile d’attirer du personnel médical.  L’évêque réussit cependant à recruter un médecin belge pour Bayenge, mais celui-ci fut assassiné ultérieurement par les Simbas.  Il transforma la léproserie de Pawa, créée jadis par la Croix Rouge mais abandonnée en 1960, en une école pour infirmiers, dont il était envisagé d’assurer la formation par des enseignants européens.  Cette école devait prendre son  envol en septembre 1964, mais l’arrivée des Simbas vint empêcher l’aboutissement de ce projet.

Au 30 mars 1964, le personnel de la mission de Wamba était composé de 47 prêtres (dont 6 prêtres diocésains congolais), 12 frères, 92 sœurs, appartenant à 4 congrégations distinctes, dont une congolaise.

Dans le domaine de l’enseignement et des soins médicaux, l’on dénombre : 325 écoles primaires, comptant 20.835 élèves, 7 hôpitaux (1.016 lits), 18 dispensaires (1.303.658 consultations), 11 maternités (8.932 naissances), 8 léproseries (2.791 malades), 2 hospices pour personnes âgées (34 occupants) et 2 orphelinats (112 orphelins).

Les martyrs

Les troubles consécutifs à l’indépendance finirent par être fatals pour la mission de Wamba.  En 1962, Monseigneur Wittebols allait revoir pour une dernière fois son pays natal, la Belgique, en prévision de l’ouverture du Concile de Vatican II à Rome.

Gizenga, fidèle émule de Lumumba, avait formé un gouvernement révolutionnaire à Stanleyville et il se montrait hostile aux missions. La situation économique s’empirait de jour en jour.  Vu la dégradation de la situation, Mgr. Wittebols, au lieu de poursuivre son voyage à Rome, préféra retourner au Congo, près de ses fidèles.

Le 15 août 1964, les rebelles firent irruption à Wamba où ils instaurèrent aussitôt un régime de terreur.  Les chefs des tribus locaux et les agents des services publics furent massivement exécutés et la mission fut occupée le 29 octobre suivant.  Des exactions incessantes et, notamment, la présence obligatoire lors des séances de tortures des confrères furent le sort des missionnaires.  C’est alors que Mgr. Wittebols a craqué.  Il devint silencieux, s’abstenant de participer aux conversations.

Après la libération de Stanleyville par les parachutistes belges, la rage des Simbas vint frapper les missionnaires et les autres occidentaux présents à Wamba.  La journée du 25 novembre fut caractérisée par un sentiment d’abattement général.  Vers 17 heures, les prisonniers furent répartis en trois groupes : les Américains, les Belges et les autres occidentaux.  Deux missionnaires protestantes, dont l’une était en fait anglaise furent jetées par terre et tuées à coups de talon dans la nuque.  Le lendemain vers 13 heures, les blancs survivants furent assassinés. En tant que supérieur de la Mission, l’évêque était spécialement visé.  Ces martyrs, au nombre de 36, périrent dans des conditions d’horreur indescriptibles.  Précisons simplement que le colonel des Simbas avait réclamé l’honneur de pouvoir tuer en premier lieu Monseigneur Wittebols.

Guido Bosteels

Revue 34 – « Musée BELvue – A propos d’une exposition »

Traduction de l’article paru dans la revue

De nombreux amis ont été désagréablement surpris par une exposition intitulée – avec une ironie non déguisée – ‘Notre/Votre Congo’, qui s’est tenue à la fin de l’année dernière au Musée BELvue à Bruxelles. Comme on le sait, ce Musée, qui relève actuellement de la Fondation Roi Baudouin, se trouve dans l’enceinte même du palais royal.

En réalité, cette exposition, organisée par une ONG bénéficiant de subventions publiques, la CEC (Coopération Education Culture) existe depuis un certain temps déjà, mais la version préparée à cette occasion présente plusieurs aspects qui ont suscité un trouble certain.

En premier lieu, il y a la présence, comme coordinateur scientifique de l’opération, d’une personne connue pour ses prises de position nettement hostiles à la politique belge en Afrique. Le titre « La propagande belge dévoilée » témoigne d’emblée de la volonté de placer la Belgique dans une position douteuse, confirmée encore par un texte qu’on lit dans la documentation distribuée : « L’exposition  témoigne également de l’œuvre de propagande orchestrée par l’Etat, l’Eglise et les entreprises coloniales ».  Il est difficile de ne pas se sentir heurté par le dessein des organisateurs qui, sous prétexte de promouvoir une certaine objectivité, ne manquent pas d’induire une présomption de culpabilité dans le chef des Belges.

Ensuite, le lieu choisi pour cette exposition-ci dérange, dès lors que cette manifestation se déroule dans l’enceinte du palais royal et sous l’égide de la Fondation Roi Baudouin, un organisme prestigieux qui a déjà fait honneur à Celui auquel elle emprunte son nom en réalisant des publications de grande valeur dans lesquelles ont été mises en lumière de remarquables réussites de la présence belge en Afrique centrale.

Troisièmement, l’on ne peut que s’inquiéter de l’intention des organisateurs de poursuivre leur action au sein des écoles. A la lumière de ce qui précède, on est bien obligé de conclure que les bases d’une information dénuée d’insinuations négatives font nettement défaut.

L’Union royale belge des Pays d’Outremer (UROME), alertée par le cours critiquable des choses, n’a pas manqué de réagir en diverses directions, notamment à l’égard la Fondation Roi Baudouin, qui a voulu assurer l’accueil de cette initiative. Les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération au Développement, de même que le cabinet du Roi, ont également été saisis de cette problématique, dont on peut se demander quels objectifs intrinsèques sont poursuivis par les organisateurs responsables. Il est bien clair que le dernier mot n’a pas encore été dit.

Les personnes intéressées peuvent prendre connaissance du courrier échangé à ce propos sur le site web : www.urome.be

Guido Bosteels

Revue 33 – « Angst in Afrika » ou « Angoisses africaines »

Traduction de l’article paru dans la revue

« L’Afrique est le lieu des angoisses les plus diverses : la peur des animaux sauvages, des éléments naturels, des chefs indigènes, des féticheurs et plus particulièrement du ‘mauvais sort’, susceptible d’être infligé par d’autres personnes, et spécialement par des féticheurs.  Un accident, un décès inattendu est toujours mis sur le compte d’un tel mauvais sort, qui doit nécessairement se produire à l’intervention d’une tierce personne, voire directement d’un quelconque esprit maléfique.  S’ensuit généralement la consultation d’un féticheur appelé à désigner le ou les coupables(s). Cet homme devient ainsi un personnage important, dont la sentence pouvait avoir des suites importantes. »

 Telle est l’expérience qu’on peut lire dans un ouvrage passionnant du docteur Jef Haeverans: ‘Dokter in Congo’, dont une traduction française est en voie d’achèvement.  Dans un livre que le regretté Cyriel Van Meel nous a laissé, « Depuis, le bolikoko s’est tu », nous relevons une anecdote qui illustre bien ce propos.

Lors d’une marche à pied le long du chemin qui était suivi à l’époque par les Bayaka lorsqu’ils se rendaient du Kwango vers Kinshasa, son équipe fit halte, un jour, à la tombée de la nuit, au milieu d’une ‘nseke’ (savane), en vue de passer la nuit en dessous d’un gros arbre solitaire.

Après le repas du soir, un feu de bois rougeoyait encore faiblement et les équipiers, l’un après l’autre, éreintés par les fatigues de la journée, s’enroulèrent dans leur couverture et s’étendirent sur un tas de matiti.  La savane respirait le silence, sans que la moindre brise ne vienne effleurer l’immense étendue herbeuse.  Au loin, on entendait le jappement d’un chacal.  Incidemment, une antilope vint brouter un instant à proximité et tout au loin le rugissement d’un lion se fit même entendre.  Couché, Cyriel braquait les oreilles et jouissait intensément de ce moment sublime dont aucune description n’eut pu traduire l’impact.

Mais soudain un léger vent vint secouer les branches grêles de l’arbre au-dessus des têtes du groupe.

« Ndzambi Phuungu uhyokele » (Voilà Dieu qui passe) chuchota le compagnon à côté de Cyriel. Tous attendaient un second coup de vent et gardaient anxieusement le silence.  Les porteurs étaient également éveillés et se tenaient immobiles car tous avaient le sentiment de vivre un moment extrêmement périlleux.  Si Ndzambi Phuungu était repassé pour enlever quelqu’un, c’est sous cet arbre que sa dernière heure aurait sonné ! Tous retinrent leur souffle mais heureusement plus aucun coup de vent ne vint secouer les branches.

Au réveil,  l’homme à côté de Cyriel lui raconta les pensées qui lui étaient venues à l’esprit la veille. « Vous autres, Blancs, disait-il, vous êtes les ‘Ndzambi ya ntotu’ (les seigneurs de la terre), c’est vous qui faites ces automobiles et bateaux rapides, vous voyagez même dans l’air, mais quand vous nous emportez – voulant dire par là : lorsque vous nous mettez en prison – nous finissons toujours par revenir un jour.  Mais lorsque Ndzambi Phuungu emporte quelqu’un, il disparaît à jamais ».

G. Bosteels.