EVOLUTION ADMINISTRATIVE ET MEDICALE

   OEUVRE MEDICALE

L’histoire administrative et médicale de l’Etat Indépendant du Congo, né en 1885, se présente comme suit:

Par arrêté du 7 décembre 1887, paraissent les premières mesures d’hygiène et de police sanitaire pour les ports de Boma et de Banane au Bas Congo.

Décret du 5 août 1888, organisant le service médical: la couverture médicale va s’effectuer dans les centres les plus importants, au fur et à mesure des progrès de l’occupation du terrain et des ressources financières de l’Etat.

En juillet 1894, le Docteur H. De Marbaix installe à Boma un premier laboratoire de recherche sur la physiologie et la pathologie congolaises ainsi que le premier office vaccinogène de l’Etat Indépendant.

En 1897, la Société Belge d’Etudes Congolaises fait entreprendre des recherches complètes de physiologie et de pathologie congolaises en créant dans l’EIC un laboratoire permanent.

Le Docteur Van Campenhout, médecin militaire ayant déjà effectué deux séjours au Congo et s’étant perfectionné à Rome et à Greenwich va rejoindre le Congo en 1899 pour y fonder le laboratoire envisagé, provisoirement à Boma, puis à Léopoldville.

A partir de 1899 des commissions d’hygiène sont instituées dans les chefs-lieux de districts ou de zones. Des mesures administratives sont prises dans les centres en réponse à la menace que font peser les épidémies de variole et ensuite de maladie du sommeil. En ce qui concerne la malaria, d’importants travaux d’assainissement sont entrepris dans le cadre d’un début d’urbanisme colonial, notamment à Léopoldville et à Coquilhatville.

Des subventions sont accordées en 1899 pour la création à Léopoldville d’un laboratoire médical qui eut un grand programme de recherche et de préparation de vaccins et deviendra en 1937 l’Institut de Médecine Tropicale Princesse Astrid.

La recherche scientifique

C’est au début des années 1900, dans le petit laboratoire de Léopoldville que naquit ce qu’on pourrait appeler «l’école belge de l’étude scientifique  des maladies tropicales».  Cette recherche scientifique fut constante dès les premiers temps de la colonisation dans des laboratoires étriqués puis de plus en plus nombreux et bien équipés.

Mais la recherche se fit aussi en dehors des laboratoires, à l’initiative des médecins de brousse.

Un exemple remarquable en fut donné par le Dr Jean Hissette.  Médecin dans une Mission au Sud-Kasaï il est intrigué par la multitude d’aveugles signalés par un missionnaire dans cette région. Il signale en 1931 une corrélation avec l’onchocercose des lésions oculaires qu’il découvre et il désigne le vecteur de ce parasite, ce qui déclenche ainsi des gros débats dans le monde scientifique.

En 1934, le gouvernement belge finance alors une mission scientifique américaine, connue sous le nom d‘expédition HARVARD, qui ne peut que confirmer que c’est à Jean Hissette qu’il faut attribuer la découverte de la cause de cette «cécité des rivières» appelée ainsi parce que c’est dans ces sites que prolifèrent les vecteurs des parasites, des petits moustiques du nom de «simulies».

Remarquable aussi fut le nombre de publications dans les Annales de la Société Belge de Médecine Tropicale, au cours des ans.

1914-1918: première guerre mondiale

Alors que depuis une demi-douzaine d’années seulement, le Gouvernement de la Colonie organise avec courage les différents secteurs d’activité de son immense territoire: territoriale, enseignement, travaux publics, santé et autres, la guerre est là qui va freiner considérablement son action et même partiellement la désorganiser.

Pour ce qui concerne le service de santé, il y a à ce moment-là au Congo quelque septante médecins. Certains de ceux-ci estiment devoir rejoindre la Belgique pour servir dans l’armée qui résiste; d’autres sont enrôlés dans la Force Publique et deviennent inopinément des médecins militaires de troupes en campagne.

Il ne reste sur le terrain que bien peu de monde et ce petit nombre est très dispersé, souvent en brousse et doit tenir, malgré tout.

Le Docteur J. Rodhain est nommé médecin en chef des troupes engagées sur le terrain de guerre et devient donc supérieur de tous les docteurs en médecine enrôlés. Organisation et discipline, tâche difficile pour un savant de laboratoire. La Force Publique se trouve sur plusieurs champs de bataille.

Dès septembre 1914, un détachement est envoyé au Cameroun pour aider les Français à en chasser les Allemands dont c’était la colonie.

Elle est aussi présente dans l’Est du Congo pour la maîtrise du lac Tanganyika et ensuite de l’Afrique Orientale Allemande aux côtés des troupes anglaises.

Elle s’illustre dans l’héroïque bataille de Tabora en 1916 et quelques mois plus tard lors de la prise de Mahenge.

En quatre ans, sur l’ensemble des champs de bataille, cent trente-sept officiers et sous-officiers belges perdent la vie, mille huit cent nonante-cinq sous-officiers et soldats congolais ainsi que plus de sept mille porteurs africains perdent la vie.

Le Docteur Rodhain écrira : «mal habillées et souvent mal nourries, les troupes ont dû subir les fatigues dune rude campagne, sous un climat différent de leur pays d’origine, dans des contrées où elles ont rencontré des maladies inconnues pour la majeure partie d’entre elles».

De là un taux considérable de dysenteries bactériennes ou amibiennes.  En 1916 à l’hôpital de Tabora conquise, il y eut une épidémie de méningite cérébrospinale qui emporta 50 % des cas chez les soldats hospitalisés et 70% de ceux des porteurs. La fièvre récurrente a tué un cas sur six des hospitalisés pour ce motif. C’était terrible, la maladie avait fauché plus d’hommes que les faits de guerre.

1919-1939: l’entre deux guerres

 En 1918, une maladie grave connue sous le nom de grippe espagnole s’abat aussi sur le Congo et y fait des ravages tant parmi les Congolais que parmi les Européens et affaiblit à son tour les effectifs de la Colonie.  Dès la fin des hostilités on se remet à l’ouvrage avec ténacité.

Dans les premières années d’après-guerre, le service médical ne suscite ni un recrutement ni l’octroi de crédits satisfaisants pour les établissements sanitaires de l’Etat.  La carrière n’attire encore que peu de monde et les médecins de l’Etat n’apprécieront souvent pas d’être soumis à l’autorité des administrateurs territoriaux.

Les médecins travaillant au sein de missions ou de sociétés privées étaient par ailleurs mieux épaulés à plusieurs égards ; ils y avaient parfois leur propre laboratoire.

En 1922, lorsque fut créé le Service d’Hygiène Publique, le service médical devient autonome avec un Médecin en Chef dépendant directement du Gouverneur Général. Dès lors le recrutement s’améliore.

En 1923, la Société des Nations confia à la Belgique la tutelle du Ruanda et de l’Urundi, deux pays densément peuplés.

En 1924, ce fut la création de la Croix Rouge du Congo dont les activités se concentrèrent sur les populations de la brousse et notamment dans la zone de Pawa, dans les Uele, sous la direction du Dr Conzemius.

En 1925, des institutions philanthropiques sont créées et entre autres l’A.M.M. (Aide Médicale aux Missions).

En 1926: Constitution de la FOMULAC – Fondation Médicale Universitaire de Louvain en Afrique Centrale – qui crée à Kisantu un centre hospitalier auquel sont attachés plusieurs médecins et qui   comprendra  une école d’ infirmiers et infirmières, puis plus tard d’assistants médicaux indigènes.  Une autre école d’A.M.I. fut créée par la FOMULAC en 1931 à Katana et en 1951 à Kalenda.

En 1928: Durant le voyage au Congo en juillet 1928 du Roi Albert et de la Reine Elisabeth, celle-ci fut particulièrement intéressée par les actions médicales aussi bien dans le domaine de l’Etat que dans celui des Sociétés et des Missions et voulut tout voir. Elle constata ainsi combien étaient grands les besoins.  Il en résulta la création du FOREAMI – Fonds Reine Elisabeth dAide Médicale aux Indigènes – par un A.R. du 8 octobre 1930.

Il fut décidé de réaliser une occupation médicale renforcée, successivement dans diverses régions de la colonie. Les premières qui en bénéficièrent furent le Bas­ Congo, puis le Kwango.

En 1933: Le 3 novembre à l’initiative du Prince Léopold, duc de Brabant, l’Institut de Médecine Tropicale Prince Léopold est inauguré. De son discours inaugural on retiendra la phrase suivante «C’est un bienfait des temps modernes, une croisée ouverte sur l’avenir, que d’avoir compris que l’action bienfaisante de la médecine est inséparable d’un rôle social qui la grandit encore».

Cette année là également, création de l’INEAC, Institut National pour l’Etude Agronomique au Congo, ayant pour but le développement scientifique de l’agriculture au Congo Belge.

De 1929 à 1934: La crise économique mondiale a des conséquences catastrophiques sur l’économie congolaise. Il faut comprimer les dépenses et les plans d’expansions de l’œuvre médicale doivent provisoirement être mis en veilleuse.   Pourtant, malgré les moyens limités, le service médical tient bon et l’essentiel est sauvé.

Des laboratoires médicaux de l’Etat sont créés:

  • Au Congo à Stanleyville en 1924, à Blukwa et Lubero en 1928 et à Coquilhatville en 1930.
  • Au Ruanda-Urundi à Kitega en 1920, il est déménagé en 1926 à Astrida, puis un autre est ouvert à Usumbura en 1936.

Après 1934: La progression redémarre et particulièrement dans le domaine médical.  C’est l’achèvement de l’Institut Médical Tropical «Princesse Astrid» de Léopoldville qui n’est inauguré qu’en 1937. Son premier directeur est le Docteur P. Brutsaert.

D’autres initiatives privées sont prises, comme celles de la Croix Rouge à Pawa pour l’étude de la lèpre et celles des grandes sociétés comme l’Union Minière du Haut-Katanga, la Compagnie Minière des Grands Lacs et des Mines d’or de Kilo­ Moto etc…

En 1937: Le Dr Savitsch est envoyé en mission à Pawa et à son retour déclare qu’il a trouvé là «des personnes qui abattent dix fois la besogne habituelle et d’une qualité bien au-dessus de la moyenne».

En 1938: Le Professeur A. Dustin crée un centre d’études médicales de l’ULB en Afrique Centrale, le CEMUBAC.

En 1939: Malgré les problèmes dus à l’approche de la guerre les travaux scientifiques se poursuivent.

En octobre création du FOPERDA – Fondation Père Damien pour la lutte contre la lèpre, qui agit en collaboration avec la Croix Rouge, l’I.M.T. Prince Léopold et les Missions religieuses.

Le Dr. Kivits souligne l’importance de l’action préventive, et l’intensification des efforts accomplis en faveur de l’hygiène et de la santé publique des populations congolaises.

1940-1945: la deuxième guerre mondiale

De 1940 à 1945, ce furent cinq années pendant lesquelles le Congo Belge allait soutenir un effort de guerre impressionnant auquel, après la victoire finale, les chefs des Etats alliés rendirent des hommages éclatants. Les services médicaux civils de la Colonie demeurent ce qu’ils étaient auparavant, mais ne progressent pas, la priorité étant donnée à la production minière et à la participation militaire de la Force Publique aux Campagnes d’Afrique.

La Force Publique disposait à l’époque de quelque vingt-cinq mille hommes, répartis sur tout le territoire.

Il n’ est donc pas inintéressant de rappeler les prestations du corps médical de la Colonie au cours de ces campagnes.

Campagne d’Abyssinie

En fin 1940, au départ des importants cantonnements de la Force Publique du Nord-est de la Colonie dans la région de Watsa , le 11eme Bataillon, environ cinq cents hommes, reçoit l’ordre de rallier à plus de deux mille kilomètres de sa base, le King African Rifle du Général Larry Platt en Abyssinie, via le Bar-el-Ghazal au Soudan.

La colonne motorisée possède un hôpital volant où exerce un lieutenant-médecin, L.R. Calonne et deux sous-lieutenants médecins, L. Zucker et P. Dyleff, quatre infirmiers belges et des infirmiers congolais.

En cours de route la troupe subit une épidémie de dysenterie amibienne, elle n’est pas suffisamment approvisionnée en émétine, remède spécifique de l’époque. Il s’ensuit quelques dizaines de décès.

Le service médical militaire a soigné en tout quelque huit cent cinquante cas de dysenterie pendant la campagne.

Nigérie

En août 1942, il en est de même pour les troupes envoyées en Nigérie, la dysenterie fait des ravages et le service médical a beaucoup à faire.

Le Corps expéditionnaire du Moyen-Orient

Cette opération fut conçue en fin 1942 à Londres.

Il y avait au Niger huit cents véhicules militaires et six mille hommes. En 1943, le charroi reçut l’ordre de rejoindre l’Egypte, par un trajet difficile de six mille kilomètres via des régions désertiques : Kano, le Tchad, El-Fasher, Khartoum, Suez.

L’infanterie de six mille hommes rejoindrait Suez par la mer: embarqués à Lagos, les officiers belges et les soldats congolais iront par Le Cap, l’Océan Indien, la Mer Rouge pour arriver à Suez après un voyage de près de deux mois. Il y a beaucoup de malades à bord des cargos: maux de mer, dysenteries et méningites.

Sur plus de deux mille soldats congolais soignés, vingt-neuf morts rejoindront le cimetière océanique.

En Egypte, le Corps Expéditionnaire stationne à plusieurs endroits: l’hôpital général, sous tente, est installé à Fayid.  Il comprend plusieurs médecins et un personnel infirmier congolais étoffé et compétent.

Au cours des trois campagnes, on déplorera plusieurs décès d’officiers et la perte de sept cent septante soldats.

L’Hôpital de campagne de la Force Publique

Le Gouvernement du Congo en conçut le projet dès le mois d’août 1940. Initialement, cette formation médicale, commandée par le Colonel-médecin A. Thomas, comprenait six médecins, quatre auxiliaires médicaux, deux techniciens et quatre-vingt-deux Congolais. Il fut d’abord positionné à Nairobi au Kenya, le 5 janvier 1941, où plus de cinq mille blessés des unités britanniques en campagne contre les troupes de Mussolini furent soignés.

Ensuite on le transporta, en septembre 1942, à Madagascar où les troupes anglaises débarquées dans l’île avaient à neutraliser les contingents français fidèles à Vichy. Son activité, qui y fut également considérable, dura jusqu’en mai 1943.

Enfin, l’épopée de l’hôpital belge culmina lors de sa présence en Birmanie où il fut mis au service des troupes alliées. Il fonctionna à Palel, dans la jungle, de novembre 1943 à janvier 1945. Cette unité comprenait alors vingt-huit Belges dont huit médecins et elle soigna quelque vingt mille blessés et malades, dont ceux atteints de la fièvre fluviale japonaise.

Il reviendra au Congo en 1945, après un voyage de plusieurs mois et méritera les éloges du Haut Commandement Allié.

Après 1945, ce fut la relève…

Le premier, et le seul, plan décennal pour le développement économique et social du Congo Belge fut publié le 1er juin 1949, prévoyant près de trois milliards de francs pour la santé publique, consacrés en fait au «Plan Van Hoof-Duren» visant à réaliser dans le Congo entier un véritable quadrillage médical et sanitaire. Chaque territoire serait doté d’un CMC, centre médico-chirurgical, avec maternité ainsi que d’un réseau de dispensaires et de centres secondaires.

Ce plan exigeait donc un personnel supplémentaire considérable.

Les territoires du Ruanda-Urundi bénéficièrent d’avantages analogues pour un montant de plusieurs milliards.

En 1947

Fondation de l’IRSAC -Institut pour la Recherche Scientifique en Afrique Centrale-.  Il a pour objet de susciter, promouvoir, réaliser et coordonner, spécialement au Congo et au Ruanda-Urundi l’étude des sciences de l’homme et de la nature.

En 1948

Le Bureau Permanent International de la tsé-tsé et de la trypanosomiase est installé à Léopoldville.

Création   du   F.B.E.I.   -Fonds   du   Bien-être   Indigène-   qui   se   consacre à l’amélioration des conditions de vie des indigènes en milieu coutumier. Il apporte une aide considérable à tous les organismes parastataux ou philanthropiques pour l’amélioration du logement, pour le captage et l’adduction d’eau, la construction d’hôpitaux et de dispensaires entre autres.

Pour cela, deux milliards huit cent cinquante millions seront investis au Congo et huit cent soixante-cinq millions au Ruanda-Urundi.

En 1952

Le CEMUBAC entreprend une grande campagne antituberculeuse au Ruanda et dans le Maniema et y construit trois sanatoriums.

La FOMULAC intensifie son action au Kivu.

De nombreuses œuvres pourraient encore être citées dans lesquelles les médecins ont joué un grand rôle.

En 1953

Le FOREAMI crée une section «Père Damien» avec l’aide financière d’une œuvre belge, la Fondation Père Damien, «FOPERDA».

En 1954

Les premières «Journées médicales» sont tenues au Congo Belge, au mois de septembre.

En 1956

Le FOREAMI crée en juillet une section qui a pour objet de promouvoir et de coordonner dans l’ensemble de nos territoires d’Outre-mer la protection de la mère et de l’enfant : l’ORAMEI –Oeuvre Reine Astrid pour la Mère et l’Enfant Indigènes-.

Jusqu’en 1960, toutes ces organisations restent fonctionnelles, intégrées et efficaces.

Partout, les soins aux indigènes sont gratuits.

Retrouvez les témoignages sur ce sujet dans la vidéo ″Oeuvre médicale

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et du Ruanda Urundi