POURVU QU’ILS NE ME LE COCHONNENT PAS

Carte blanche de Paul Vannès

Il y a un peu plus de 100 ans, lors de la reprise du Congo par la Belgique, Léopold II prononçait ces mots, en soupirant : « pourvu qu’ils ne me le cochonnent pas ! ».

Et pendant des décennies, nos mandataires publics qui n’avaient d’ailleurs voté cette reprise qu’à une seule voix de majorité au Parlement, se sont quasi désintéressés du Congo devenu belge, ce vaste pays qui faisait 80 fois la Belgique. Encore était-il bien précisé que la métropole ne verserait « pas un franc » et n’enverrait « pas un soldat » à sa colonie, dont le budget devrait se suffire à lui-même.

Ce n’est qu’après le premier voyage du Roi Baudouin en 1955, que certains de nos mandataires publics se sont tout d’un coup mis à s’y intéresser de plus près. Se sont alors succédé sous les tropiques, ces « pèlerins de la saison sèche » qui venaient y passer quelques jours, aux frais de la princesse, de préférence dans les régions les plus touristiques, afin de mieux « comprendre » le Congo.

Nos partis politiques et nos syndicats y créèrent des filiales et se mirent à y exporter nos querelles belgo-belges, scolaires, linguistiques, syndicales etc.

À cette époque ce n’était pas par calcul purement électoraliste puisque ni les Belges résidant au Congo, ni les Congolais, ne pouvaient voter, aucune élection n’étant organisée pour eux en terre d’Afrique et que, contrairement à ce qui était prévu par la Charte Coloniale, les pouvoirs de décision restaient cantonnés à Bruxelles.

Sans prendre l’avis des principaux milieux concernés, ni des chefs coutumiers, la Belgique abandonna le Congo à son sort, dès lors que nos gouvernants réalisèrent qu’il allait falloir l’aider financièrement. Cette indépendance, mal préparée, plongea rapidement le pays tout entier dans le chaos. Les atrocités, viols et pillages commis par les mutins de la – jusqu’alors exemplaire – Force Publique, firent fuir la majorité des coloniaux.

Ce qui amena son Commandant en chef, le Général Janssens, à son retour au pays en juillet 1960, à proclamer en s’inclinant devant la statue de Léopold II à Bruxelles « Sire, ils Vous l’ont cochonné ».

Ironie du sort, après l’Indépendance, le Congo n’a jamais coûté autant à la Belgique !

Aujourd’hui encore, certains politiciens, non ou mal informés des réalités congolaises continuent à prendre des décisions malencontreuses mais, cette fois, par pur calcul électoraliste. Pour se forger une majorité, ils en viennent à promouvoir des initiatives qui s’avèrent être des ignominies vis-à-vis tant de nombreux Congolais que des Anciens d’Afrique.

Comme apposer une plaque commémorative à l’Hôtel de ville de Mons en hommage à Patrice Lumumba, qualifié abusivement de « père de l’indépendance » ! Ce qui n’a pas manqué de provoquer la colère de Madame Justine Kasa-Vubu, dont le père, Joseph Kasa-Vubu, fut le premier Président de la République Démocratique du Congo en 1960.

C’est oublier que Patrice Lumumba prit le micro de sa propre initiative au Palais de la Nation le 30 juin 1960 lors de la cérémonie célébrant l’indépendance du pays et que son discours haineux provoqua des mutineries et des émeutes qui se répandirent dans tout le Congo. Ce fut une tragédie qui coûta la vie à des milliers d’habitants du pays où régnait autrefois la « pax belgica » sur toute son étendue.

Si nos compatriotes ont pu panser leurs plaies entre-temps, il n’en est pas de même pour les Congolais d’Afrique qui en souffrent encore toujours aujourd’hui.

« Petit pays, petites gens » disait Léopold II. Il nous fit grandir ainsi que la Belgique. C’est grâce à lui que notre pays put prendre une place de choix dans le concert des Nations. Et c’est ainsi que Bruxelles est devenue aujourd’hui la capitale de l’Europe !

Paul Vannès

15/12/2017

et du Ruanda Urundi